Je sens le métal froid venir brusquement s’appuyer derrière ma tête, avec des bruits de mécanique. L’embout, rond et creux, appuie légèrement trop fort pour que je m’empêche d’avoir peur. La pression se maintient sans à-coups.
J’entends un souffle dans ma nuque. Un respiration tiède, assez rapide mais assurée.
C’est une sensation courte et intense.
La seconde qui passe est infinie.
J’explore dans mon imaginaire les pourquoi, les hypothèses, les probabilités. Et éventuellement j’envisage une issue.
Dans cette seconde infinie, je trouve plus de réponse qu’au cours de toute ma vie.
Une seconde infinie.
Tellement de réponse et aucune issue.
Je ne peux pas me décider au moindre mouvement, à la moindre parole.
J’essaie de tenir une attitude neutre, digne, silencieuse.
Personne ne parle.
Je ne sais pas de qui il s’agit.
La respiration n’a pas changé de rythme. S’est peut-être un peu rapprochée de mon échine.
J’ai l’impression que ma poitrine explose sous le poids de l’angoisse. Je me sens comme projetée sur 10 000 écrans où je vis une vie entière à chaque fois.
La densité qui m’envahit, j’ai du mal à la contenir. Mon corps ne parvient pas à retenir cette stupeur.
Depuis le léger choc du canon contre mon crâne à une seconde plus tard, tout a été brutal.
J’ai peur.
J’entends la main armer le flingue.
Il n’y a plus de soupape de sécurité et toute la masse de ma conscience ne dépend plus que d’un infime mouvement digital musculaire, nerveux. Un pression si légère de la phalange.
Voilà à quoi je suis suspendue.
Dans le vide, les mains accrochées au fil du rasoir.
Quand le coup part, je me réveille.
Et j’ai l’image nette de ce flingue noir, brillant (une certaine élégance).
Une image qui apparaît seule, sans décor, sans arrière-plan, sans tueur.
D’ailleurs, je ne sais jamais qui me tue et je ne suis pas morte.
Une autre fois, c’est une carabine qui s’enfonce dans ma poitrine et dont le feu me déchire les entrailles.
D’abord, son long canon me blesse, me fait reculer mais ne se détache pas de mon corps. Puis la détonation irradie mon visage de chaleur.
Mon sang est chaud.
Je me réveille avant de tomber.
Mais des fois aussi, je rêve que je dois aller en prison.
Je ne sais pas ce que je préfère…