Mais qu’est-ce que vous êtes beau !
Dans vos costumes sombres, un peu étriqués, un peu élimés.
De vrais rois de banlieues.
Aristos de seconde zone.
Ah quel beau défilé !
Le gang des ratés.
Il suffit que vous passiez pour que quelques pierres en tombent.
Enfin, quelques pierres ou quelques cailloux. Entendons-nous.
Mais un petit tour sur vous-mêmes, et voilà, presque plus de cicatrices.
Et quand la colère d’un grand s’abat, faut-il encore qu’elle tombe à vos pieds. Incroyables.
Vous en êtes soufflés. Renversés.
Petits ducs effarouchés.
Vous montez sur vos ergots, sur vos grands airs et sur votre escabeau.
Pour regarder de haut la misère que vous voyez si mal sans vos lunettes.
Bureaucrates au rabais.
Votre danse est si calculée qu’elle vous contraint à la solitude.
Et quand vous basculez, du côté des pauvres gens si riches de ne rien posséder, vous vous affolez sans jamais avoir regardé l’histoire.
« C’est un monde ! »
Oui, c’est bien cela, c’est tout un monde que vous avez ignoré.
Faut-il aussi vous dire que vieillesse et jeunesse ne sont pas un mal nécessaire ?
Une épine dans le pied de la quarantaine dynamique.
Jeunesse et vieillesse sont tout ce que vous ne serez jamais.
La fougue et la sagesse.
Ce que vous n’avez jamais été.
Et mon incapacité narrative ne doit pas vous rassurer.
Car je suis du côté des vivants.
Rien qu’en espérant l’être.
Nous ne serons jamais une armée.
C’est ce qui fait qu’on a déjà gagné.
Devant vos siècles d’obscurantisme.
Nous ne sommes personne et nous existons.
Et les punaises que vous envoyez contre nous, contre nos envies si variées, ne sont que des tâches de sang à rajouter à votre palmarès silencieux.
Les listes des morts que vous déballez au soleil ne lavent pas vos mains dans les fontaines des villes.
L’eau y est boueuse de sang coagulé.
Le mal est fait.
Si rien n’est à défaire, alors, tout est à faire.
Et laissons éclater à la face des millénaires notre insouciance pour des jours meilleurs.
Car nous traversons une basse époque.