En me remémorant le cri des koels, j’écoute tomber la fine pluie familière qui rebondit sur les toits et les arbres avides. Une gorgée de thé, et je révise déjà mon vocabulaire, qui s’était racorni dans les interstices de mon esprit.
Ça sent le bois mouillé et la mousse par la fenêtre, les couleurs sont toutes réchauffées dans la douce radiation du ciel de coton alors que la pluie s’amplifie et résonne.
Si les muscles de mon corps ressentent encore une légère tension, à l’échelle du monde qui m’entoure, les choses ont l’air de se dérouler avec une simplicité fluide qui me fait dire que ça vaut le coup, quoi qu’il arrive. La plante verte, dans le reflet du miroir de l’armoire jaune, les draps de cotons qui sentent encore le sommeil, le marbre noir de la cheminée sous le végétal dispersé. Là-bas, la table en bois bancal et la chaise sous le manteau.
Là-bas, les roches de la ville qui surplombent la mer drapées dans leur stature de falaise à la chaux.
En me remémorant le cri des koels, je vois les grands pins un peu moches qui bordent la méditerranée, qui ne peuvent pas faire le poids face à tant de beauté retenue dans chaque grain de pierre minuscule.
En me remémorant le cri des koels, je sens les restes de la fêtes d’hier circuler dans mon sang tandis que les lourdes cloches de l’église se font tinter le ventre dans des plaintes un peu sourdes et graves, que personne ne peut prendre au sérieux. Si je me déplace de quelques mètres, je pourrais faire face à la douce lumière qui s’échappe du papier calque qui recouvre les vitres pour masque les regards, et dans cette douce lumière polie, je pourrais faire couler l’eau de tous les robinets pour participer à l’averse et laisser mes mains dessous, et peut-être manipuler quelques produits.
En me remémorant le cri des koels sous le tonnerre qui roule sur Marseille, je me tasse, me recroqueville et me sens bien, avec la lumière, le marbre noir et le souvenir des koels.
Quand on ne peut plus parler à celui à qui l’on s’adresse, alors il est tant de ranger les souvenirs, et les koels, et peara, et même bukatchuda, et de prendre les mots à pleine mains, dans le rayon de soleil en train de renaitre et de continuer, quoiqu’il arrive, à dévider le fil de littératures de seconde zone sans plus jamais s’arrêter, quelque soit l’humeur et quelque soit le temps, quelque soit le résultat et l’envie, simplement ne plus s’arrêter, et pour cela seulement. Accepter que tout soit en pause, que tout se fige, que tout s’écarte sur son passage, de ne plus pouvoir rien toucher, de ne plus accéder aux humains, et de se retrouver seul face à soi-même. Même cela, l’accepter, sans attente, mais ne pas arrêter de faire sortir les mots comme un long fil qui se dévide et s’emmêle et n’en aura jamais fini de finir, tant que tu seras là.