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Réalité glissante

Les choses m’échappent. Littéralement, les objets du monde glissent entre mes doigts et se brisent au sol. Tous. Pourtant la réalité n’est pas particulièrement hostile en ce moment. Va savoir. Non, les choses sont d’une clarté très belle. Le verre est transparent, l’air vif et les lumières franches. C’est un peu difficile avec ce froid qui nous engourdit, c’est sûr. On ne sent pas notre peau nous communiquer les signaux du monde externe, ou moins bien. C’est un peu difficile, mais rien de méchant. Pourtant, la réalité est devenue glissante comme savonnée. Les couleurs n’ont pas bougé, non, mais la matière de la réalité a changé.

Et puis, certains jours, dans certaines villes plus que d’autres, les choses m’échappent. Figurément, la réalité du monde glisse entre mes pensées, et s’évapore. Je fais des efforts de concentration terribles pour ne pas perdre le fil, pour rester accrochée au film en route, regarder les gens, les voitures, les rues dans leur ensemble, et même les vitrines de magasin qui sont si moches et terre à terre que je pense toujours qu’elles vont faire disparaître les volutes d’imaginaires qui embrument mon esprit. Mais rien à faire, la moindre forme, le moindre assemblage que j’aperçois me fait démarrer des histoires incroyables, imaginer des réalités différentes, des voyages à venir ou tout simplement des discussions eues et à avoir.

La réalité de monde glisse entre mes pensées et se brisent contre les fondations de mon imaginaire.

Alors, en attendant, j’écris des lettres chimériques, pour passer le temps en patientant pour recevoir des réponses véritables, réelles, je veux dire, qui tardent parfois un peu.

Je ne saisis pas bien le fonctionnement du courrier dans le monde réel, alors j’adresse des lettres à de chers, de très chers amis depuis l’intérieur de ma tête.

Parfois, la réalité me rattrape et le chevauchement des deux mondes se passe sans à-coups, créant de nouvelles images qui explosent et éclaboussent, remplies de couleur et de musique. Et bien qu’il faille y faire fasse sans faillir, c’est toujours un plaisir que de mélanger les choses du monde réel qu’on touche avec les doigts, au prisme de nos légendes personnelles.

Posted in Les passions imaginaires.