En ruminant mes sentiments mélangés et en guettant du coin de l’œil le rideau qui essaye de se faire la malle par la fenêtre dans l’air qui n’arrive pas à rafraichir cet appartement marseillais aux murs blancs dans lequel je navigue, m’échoue, festoie et tourne en rond. En ruminant mes sentiments épars, sans les comprendre, sans rien entendre de toutes les allitérations qui court-circuitent mes tympans et me rendent aveugle aux simplicités de la vie, je ressasse des phrases, des instants, les mâche et les reluque sans parvenir à mettre au clair ce qui me met en branle. Je titube, ébahie, effrayée, heureuse, inquiète, sans savoir si mon inquiétude trame ma joie. Vacillante, j’hésite, me retiens, me lance, reviens sur mes pas, prends un air assurée pour donner le change et finalement, d’un regard, avoue tout, jusqu’à l’intime. Peut-être amoureuse, trop rapidement comme toujours, agacée de ces histoires d’amour que je réécris perpétuellement, sans revivre jamais la même chose, en retravaillant la trame, infiniment, en déployant les motifs inégaux et répétés, en m’écartelant une fois de plus sur l’autel de la nouveauté, de l’inconnu, du surprenant. Tératologie qui fait vibrer mon ventre, je me noie dans une imagination où, pour la première fois, je ne sais plus quoi dire. Dans l’inexpression, je m’absous de mes vices, et je laisse flotter, au ras des rochers mes angoisses enfin diluées. Je confirme la dissolution de mes angoisses dans de nouvelles inquiétudes terrestres que je ne sais pas apprivoiser et que j’aime déjà. Reniflant les odeurs anciennes de l’écœurement, je saute pieds et poings liés dans les travers redoutable de l’emportement. Cédant au silence des sirènes que me recommandent de chers chers amis, je renâcle à lâcher prise et m’emmêle dans les fils de mon esprit embrumé, m’angoissant pour le plaisir, loin, très loin des sérénités découvertes, des passions chaudes et des renoncements. Impliquée, mouillée jusqu’au cou, battue, battant pavillon inconnu, je me jette à corps perdu dans les entrailles de mes chimères revenues, sans encore avoir décidé si j’en partagerai le festin. Résolue à lamentablement gagner, évitante, évidant les cadavres de ma raison sur les parquets sensationnels, sûre de perdre, à l’écoute de mon envie de vivre malgré tout et, prête pour cela à peut-être perdre. Échaudée, échafaudant mille issues oniriques, chantant les chants de l’amour charnel, déçue peut-être, jalouse, pétrie d’envie, le corps roué de coups, loin de mon imaginaire et de toute pierre d’attache, rendue à une simplicité encombrante, fatiguée, désirante, séduite, j’arpente les rues noires en espérant un appel. Besoin de l’absence et les nerfs à fleurs de peau, tendue par la solitude soudain insupportable, je flippe et raisonne absurdement, espérante, tout en sachant que ce genre d’espoir ne m’a jamais rien amené de bon. Solennelle, je m’invente des possibilités passionnelles qui me dépassent et me ruinent, m’éreintent. Tendue, attendante, désirante, peut-être amoureuse, séduite en tout cas, méfiante, sans repère, sans conseils ni raffut, je serre les dents et j’attends, stupidement, en rongeant mon frein, en ressassant phrases et instants, moments insignifiants, sans comprendre, sans pouvoir comprendre, dépassée, KO, vaincue, une fois de plus, par l’intensité de mes propres sentiments. Ressentiments insensés, insécurité, et méfiance, j’étale toute la négativité dont je suis capable pour me protéger d’un hypothétique danger, dans lequel je suis déjà empêtrée.
Allez, appelle, appelle-moi. Je ne suis même pas cet alcolo dur et cynique et j’ai pas besoin de toi. Mais je guette comme une conne ce putain de téléphone. Je ne sais pas quoi faire de cette histoire, je m’angoisse, je ressasse, je théorise par pressentiment. Méfiante sans raison valable, et toutes les raisons de ne pas me laisser aller, de ne rien lâcher.
L’angoisse comme fer de lance de mes capacités à nouer autour de mon cou l’écheveau de mes relations passionnées. Sidérée par la force que je déploie à m’angoisser, incapable, de me faire confiance, de faire confiance à la méfiance que je ressens, et qui devrait me tenir en garde, tout comme les conseils de mes chers chers amis… Envie, plutôt, de faire tourner l’angoisse comme un moteur de route mal tracées, qui vont dans le mur. Tôt ou tard, le cafard et l’aigreur au bout de la route. Agacée de céder à la facilité et fascinée de ma capacité à me laisser avoir. Peut-être. Mais envie d’essayer.