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La seule règle du jeu

Des histoires qui me traversent l’esprit et le corps, des histoires à n’en plus finir, magnifiques ou sordides, qui te rongent ou t’excitent et te tourmentent de désirs passés. Le souvenir des corps, des rencontres, des prénoms, les peurs de chacun, les envies de certains, et mes mille et une vies, et ma colère toujours intacte face aux scénarios minables que les plus mécréants te récitent pour étaler leurs désirs et leur peur sur ton corps, en pensant qu’il n’y a toujours qu’une seule histoire, qu’un seul sens, qu’un seul film. Et moi qui m’échevèle à imaginer l’indistinction des mille et une possibilités, pour ouvrir le champ des possibles, et miner l’homogénéité des lieux, et des visages, et des bites.

Mais il faut être à la hauteur de la multiplicité, ne pas être le mille et unième connard qui rejoue la même histoire, même mots, mêmes gestes, mêmes maladresses. La maladresse n’est valable que pour les ultra-jobards, ceux qui volent en haute altitude, et te contaminent de leur folie dévastatrice. Pas de maladresse pour les minables. C’est la seule règle du jeu, les minables n’ont droit qu’à l’élégance, pour leur servir d’exo-squelette. Aux autres, tout est permis : la maladresse, l’impudeur, le crime et le vice, les tricheries de jouvence et les apparats mensongers, les brocarts de l’ivresse, et même la vulgarité. Aux jobards, tous les méfaits du monde, et aux autres l’élégance, seulement l’élégance pour les rattraper.
Les mille et unièmes connards t’ont déjà tout dit avant d’avoir ouvert la bouche, t’ont déjà gâché le paysage avant d’avoir étalé leur vision étroite sur le pare-brise de ton imaginaire. Les mille et unièmes connards sont les rétroviseurs de ta machine, ceux qui te montrent le déjà-vu et qui klaxonnent petitement, dans des soupirs de banalité et te font du coude mollement en tentant de te doubler, tandis qu’en plein ciel défilent les fusées des ultra-jobards qui vont se cramer les ailes aux deux soleils des institutions humaines, dans des cris kamikazes et des bruits de ferraille qui disjoncte en pluie d’étincelles.

Alors, il faut laisser les connards te glisser sur la peau comme une éclaboussure de comptoir, les laisser mariner dans les marécages du standard, avec les crapauds et les artefacts qui croassent les lieux communs de l’ennui. Leurs maladresses les enchainent et cimentent leur médiocrité dans des exclamations qui n’en sont pas, et n’ont à t’offrir que la déception et le déjà-vu. Alors, tu les laisses te glisser sur la peau, prendre ce qu’ils ont à prendre et te donner tout le reste, que tu prends gentiment, avant de t’en retourner dans les airs, renifler l’odeur de brûlé qui t’ouvre les yeux sauvagement, décuple l’odorat de ton intellect animal, flairant comme un chien les impensés de l’humanité, l’inobservable et l’interdit de toutes les galaxies. Tu te laisses entrainer dans les tourbillons de la surprise, de l’émerveillement et de l’horreur, des sentiments maximum, et des émotions qui te torpillent et te laissent ébouriffée, haletante, les jours de repos.

Alors, minables du monde entier, tenez vos gardes, gardez vos manières, et taisez vos maladresses interdites. Restez droits et fiers, dignes dans votre médiocrité. Épargnez-nous vos histoires surannées et vos bons mots tout faits, tenez-vous en à l’élégance, faute de savoir jouer le jeu qui consiste à se brûler les ailes et à y retourner, la bave aux lèvres, les dents parcourues d’électricité et le corps tendu de désir. Pas de promesse pour les minables, pas d’ivresse ni de gaité, juste les auto-condamnations à la mise minimum pour délit de manque d’imagination aggravé.
29 mai 2015

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Correctif 514 à l’acrimonie

2.1.1.a
Les gentils bénéficieront également des largesses du protocole et pourront s’autoriser les maladresses les plus crasses en vertu du principe de rétractations des humeurs. Ils disposent de 42 jours à compter du 26 mai 2015 pour faire montre intégrale de leur souple capacité de bénévolence, en échange des maladresses engrangées. En contrepartie, les Acrimonieux s’engagent à éprouver remords et culpabilité pour une durée de 3 jours et 2 nuits de lune aplatie, à témoigner de leur propre amour de l’humanité par les choix qui leur conviendront et à se tirer des balles perdues dans le cœur et le pied. Compte tenu des engagements mutuels, et des gentillesses réalisées, de la séduction, du désir et des tissus bouffants épinglés aux rebords imaginaires des fenêtres les soirs de sexe, les acrimonieux se tiendront prêts à s’excuser en silence, et à faire acte de contrition, en espérant que les gentils se manifestent et ne soient trop froissés d’avoir été mal jugés.
Les excuses télépathiques devront être énoncées à partir de 21h, en trois endroits différents d’une ville unique, et marqué d’un fer de sincérité de taille respectable. Les volutes de changements d’avis devront être émises avec discrétion et assurance en fin de semaine. Enfin, les sentinelles de l’ennui devront être émiettés par trois amis en bord de mer.

2.1.1.a.bis
Additif : les gentils auront droit au silence de qualité, sans reproche et sans malaise, pour la durée qu’ils estimeront nécessaire avant de commencer à parler et à raconter leurs histoires incroyables. Les gentils bénéficient de toute la lenteur qu’ils désirent pour se mettre à parler, du stock mondial d’hésitations, et de tous les alinéas de reformulation imaginables. En dernière addition, les gentils bénéficient également d’un droit inaliénable à l’approximation, au non-dit, et à une compréhension large et totale de la part des acrimonieux.

2.1.2.
Les gentils au corps sec, au sexe dur et à la peau tannée feront connaître l’épuisement du sexe, les malentendus et les sourires gênés, les absences d’arrêt et l’intériorité étonnante, le silence qui résonne dans leur corps immense à l’intérieur, comme une pièce vide soumise à la brûlure.

3.2.2.
Les mirages seront expédiés par avion raté, les matins de printemps années impaires. Gorgés d’alcool et d’interrogations, ils laisseront derrière eux des appellations étranges, des souvenirs sulfureux, des rires et des plaisirs échangés, dans les boucles improbables des relations humaines, étalées dans le temps et l’espace immenses des seigneur.es galactiques. Les mirages et les protocoles seront soumis également à la poigne de la tendresse et aux gravas de la surprise, en se tombant dans les bras et en évoquant les datchas post-soviétiques et les promenades autour du lac, et toutes les occasions plus ou moins ratées de sexe et d’amour.

8.1.1
Les ultra-jobards, les mirages et les gentils seront priés de s’entendre sur le calendrier et les horaires, et de cohabiter. Tous auront des obligations d’élégance et des droits à la paresse incompressibles pour le siècle à venir.
Les amis de toujours bénéficient également du droit martial au délire, à l’entêtement et au désir. Ils sont d’avance excusés pour toutes leurs maladresses à venir, et sont priés de tenir compte des caresses prodiguées et des lignes de fuite encrassées qui suintent des bruits de succion de nos corps étonnés.
Les gentils bénéficient d’une compréhension infinie, d’une confiance aveugle et d’un chien de berger, dont ils devront faire bon usage. Ils sont d’avance excusés pour toutes leurs maladresses à venir, et sont priés de tenir compte des sourires esquissés et des discussions difficile, qui s’accrochent à la fenêtre au dessus de la petite rue Marengo, devant l’appartement vide, et les draps défaits.
Les acrimonieux bénéficient de leur seul amour de l’humanité pour tenir droit dans la tourmente et serrer sur leur cœur les amis, les gentils et les ultra-jobards, et même les minables, s’il faut leur caresser la tête un petit peu. Ils sont d’avance excusés. Ils sont d’avance excusés pour toute la vie à venir, et pour toutes les petites ignominies passées, et sont priés de faire bonne figure, et de sourire davantage, et de cracher leur venin de manière approprié et de mieux répartir les attributs du monde, de manière disjointe, non-définitive et singulière.
30 mai 2015

Posted in Amants, Les passions imaginaires.