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La Joie Number Huit appelle La Joie

La Joie Number Huit appelle La Joie.

La Joie Number Huit appelle tout et n’importe quoi. Appel total à l’entière surface du monde, appel aux dix milles êtres et aux autres, appel aux untermenschen et aux étoiles des sous-sols, appel urgent, pressant et trop fort, appel aux corps, appel des chairs. La tête embrumée et le regard fixe, haletante, j’appelle La Joie Number Huit, je crie le corps déchiré par le désir, La Joie Number Huit retour La Joie Number Huit sous-sol La Joie Number Huit désire, la tête remplie et le corps tordu, je sature les débordements de manière à ne plus rien entendre de mes cris, je hurle à qui veut bien l’entendre mon désir, je répands mes sangs dans la poussière pour tracer des angles, signifier que j’entre en l’autre au point d’être lui, je sursaute à chaque ombre pour chercher à reconnaître et me déchainer de l’angoisse, de l’absence, de la peur et de la solitude. La Joie Number Huit retour. La Joie Number Huit remâche la déception et l’aigreur du désir non-réciproque, et se complait dans le corps monstrueux et la solitude du monstre, un désir monstre qui me submerge et enraye mes pensées, m’obnubile, comportement obsessif, caisse de résonnance discursive, j’enraye mes pensées et remâche la solitude monstrueuse tout à l’effarement du désir, toute pensée tournée, toute pensée en berne, et le souffle coupé, plus rien à dire, tu te rends compte ? plus rien à dire à cause de tout ce désir. Juste les sursauts, et l’envie. L’envie à vide, l’horreur de soi et la magnificence de l’autre, la haine pure face à la médiocrité et le cantonnement au médiocre, piégée, enrôlée dans l’armée de la médiocrité, cherchant qui je dois être, n’ayant jamais autant su ce que je ressens, et les désirs de départ qui me reprennent et m’agitent les sangs, comme une mouche dans un verre retourné, je me cogne aux parois de la ville, je me cogne à l’absence de désir, je me cogne à mes propres coudes. Peut-être que je n’ai plus rien à dire ? Peut-être que le désir est la seule chose capable de me faire fermer ma grande gueule, peut-être qu’il y en a marre de faire les choses bien, peut-être que La Joie Number Huit rêve de redevenir la dernière des connasses, mais avec le désir. Désirante au seuil du délire, non. Amoureuse, la chair rappeuse, et la glotte à sec, je me demande bien qui je dois être pour te plaire. Et même si je te plais pas, on parlera jusqu’au bout de la nuit, mais je sais pas qui je dois être, quelle partition jouer, quelle Joie Number Huit te montrer. Je veux ta complicité, ta complicité désirable, facile, je veux être vous, tu vois ? Je veux être un de ces mecs grands et secs au regard gentil et à la gueule taillée au couteau, un de ces grands types façon britannique, un de ces mecs à l’accent du froid, un type séduisant. Et à nouveau la grosseur et la féminité qui m’étouffent, s’entremêlent pour enfoncer au fond de ma gorge l’odeur du dégoût. La femelle dégueulasse que je ne voudrais surtout pas être. Et toi que je désire, désirs d’être à côté de toi, en toi, mais désirs encore plus d’être toi, comment aimer ce qu’on voudrait être ? Aucune chance, mise en scène de l’échec programmé, rebond et ramasse-toi dans la médiocrité. Seul passage pour qui ne sait pas qui être. La Joie Number Huit stupidement obnubilé par un type qui ne la regarde que les jours impairs, on ne sait pas trop pourquoi. La Joie Number Huit retour. La Joie Number Huit qui manie la truelle des anti-performatifs, et qui énonce, qui s’époumone à énoncer les phrases qui feront disparaître le réel, et la réalité du désir toujours là, au bout du fil, qui ne raccroche pas, et dans ma tête, la liste s’allonge de tout ceux que je désire autant que ce que je voudrais les être. Le grand défilé des masculinités enviées, ce que je n’aurais jamais, juste les humeurs en dents de scie pour trancher mes derniers espoirs et peut-être deux trois enfants mouettes qui n’en finissent plus de gémir dans la chaleur galactique de cette vieille ville, toujours la même, cet éternel été qui n’en finit plus de se répéter, et défilent aussi les désirs passés, et les villes désirées, et tous les désirs entremêlées, les désirs géographiques, les désirs charnels, les désirs intellectuels, et rien RIEN qui ne satisfasse aucun de ces désirs, juste des gens à qui je n’ai rien ou plus rien à dire, ou presque. Exigence. La Joie Number Huit exige un plus grand désir d’exigence pour palier aux anti-performatifs, retrouver la mémoire, les huit mémoires des huit vies : celle de                       , celle de          , celle de             , celle de          , celle de          , celle de maintenant et les deux autres à venir. Et oui, toujours : mourir au soleil.

 

3 juillet 2019

Posted in Amants.