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Protocole et discipline

Les mecs, je reviens du bardo, c’était barjo, un truc tout en équation et en formule, en liquidation et en globule mort. On m’avait dit que le savoir égal pouvoir, mais pas que pouvoir égal mort. Je reviens de la zone morte, celle où t’as les membres ligotés par la poix de la discipline, celle du venin et de la strychnine. La zone de la mesure et de la contrainte, protocole et discipline, l’encagement mortifère des mammifères et les cravates raisines, le protocole qui t’attrape par le col pour t’écraser au mur, qui t’attrapes par le corps pour te faire bouffer la saumure des marécages de la bienséance. Le corps discipliné, le corps encastré, l’esprit séquestré, les mouvements entravés dans un exosquelette de convenances et d’usages usés, de traditions et d’écoles de pensée. L’élévation par la merde, en lévitation autour des rapports de domination, tu bavardes dans les sphères célestes des coordonnées du monde que tu ne touches plus. Le monde thaumaturgé par la discipline qui sort de tes lèvres comme un courant ininterrompu de merde, le monde disséqué, modélisé, circonscrit par l’armée du savoir, qui bande de résoudre l’inconnue, pour mieux la cadastrer. Les expliqueurs du monde thaumaturgé te promettent des océans d’ignorance et te raisonnent en penchant la tête sur le côté pour t’expliquer que tu n’as pas bien regardé, que tu ne sais pas voir, que tu dois encore ployer la tête pour mieux comprendre, tu dois être encore un peu plus mort pour apprendre, plier, ployer, et te briser pour épouser la contrainte, jamais te déployer, jamais le vivant, à tout jamais l’enfant du savoir qui a fait vœux de subordination au cadastrage de la discipline, qui a fait vœux de faire ses preuves funéraires, d’abandonner la vie et l’instabilité pour l’holocauste de la cohérence, de la non-séparation, de la toute-puissance. Et en échangeant la vie contre le pouvoir de la discipline et de la connaissance, tu as brûlé les horizons du dissensus, tu as fermé les yeux pour mieux ployer l’échine, tu as discipliné le monde en acceptant la discipline. On t’avait promis que tu apercevrais le vaste monde si tu étais assez docile pour rentrer la tête dans les épaules, si tu oubliais ton corps, si tu étais raisonnable, mais personne ne t’avait dit que ce monde, c’était la zone morte de la mesure et de l’angoisse, la prophétie auto-évanouissante, celle qui promet de te détruire quand tu la réalises, et quand tu réalises que tout ton corps est forgé par la toute puissance du savoir, il est trop tard, les deux pieds dans le protocole et le cou au carcan de la discipline. Tout est mort.

Mais on en revient, les mecs, on en revient. C’est le bardo, ce truc-là, deux fois 49 mois, peut-être trois, mais à un moment donné, tu sors de l’espace noir. Et tu remises au placard tous leurs fantasmes de pouvoir qui t’avait collé à la peau pour abandonner la mort. Si le pouvoir, c’est la mort, ne mourir sous aucun prétexte !

Posted in Les passions imaginaires, Politics.