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Laisse ce cafard tranquille

Il arrive parfois des situations incroyables.

Le ciel était bleui ce matin, et les choses de la vie allaient plutôt bien.

Sauf qu’il a fallu, à un moment, que je voye cette bête sortie tout droit des enfers et que je l’affronte avant qu’elle ne s’échappe.

Je l’observe, je la bloque et hop ! je la mets sous cloche !

Mon cafard tourne en rond dans sa cage.

La panthère urbaine rapplique aussitôt et voilà que je suis obligée de lui crier

« Laisse ce cafard tranquille ! »

Devant mon café noir, mon cafard, sans fard, me fait face et grimace.

– Alors, camarade cafard, que dit le monde des entrailles et de la pourrissure ? Sont-ils bientôt prêts à déborder ?

Obtu, buté, il se tait et m’observe.

Et devant le cafard, je détourne la tête.

Oui, triste sort de t’enfermer là et triste sort que de faire de mes mains celles d’un geôlier, pour cafard.
Mais là, il faut que je t’explique, écoute-moi.

C’est que le cœur a pris le pas sur la raison. Dans certains cas, tu sais, le raisonnement rationnel se couche à l’ombre de la subjectivité des émotions. Je n’ai pas pu faire autrement. Est-ce que tu peux comprendre ça, même si tu ne peux pas sortir de ta prison transparente ? Non, évidemment. Et tu as bien raison. Tu n’as pas d’effort à faire pour alléger la conscience des bourreaux.

Allez camarade cafard, partageons-nous le monde de l’urbain. Il y aura bien assez de place pour tous les deux, et pour tous les autres !

Ne fais pas semblant d’être mort. Je vois bien tes antennes qui m’écoutent. Tu seras bientôt libéré. Mais tu sais bien que je ne peux pas faire ça. Je ne peux pas t’enfermer et, de mes mêmes mains, te libérer. Les humains font ça, et je t’assure, c’est une confusion totale. Je ne peux pas avoir du pouvoir sur ta vie. C’est déjà bien assez que tu m’effraies !

Mais quelqu’un va venir. Ne t’inquiète pas. J’ai pris les dispositions nécessaires. J’ai prévenu les gens concernés. Ils vont arriver.

Bah ! tu sais, ce sont parfois des gens neutres (aux émotions plus calmes que les autres), qui ne t’aiment ni ne te détestent.

Et puis s’ils essayent, je les empêcherais.

Sois sans crainte camarade cafard !

Je veille sur toi dans ta tour de verre.

Et quand tu te seras fait la belle, tu pourras aller raconter aux autres comment c’était la tour de Babel.

Tu as voulu voir comment c’était chez les humains. Je ne pouvais pas te laisser repartir en croyant que tout est bien. Ça n’aurait pas été correct de ma part…

Ne bouge pas, je reviens.

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