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Adresse au camarade cafard

Ce que tu as fait ce jour-là

Les pavés mal fixés remuent sous tes pieds de façon dangereuse. Tu essayes de te rassurer, les mains sur les murs qui s’effritent. Tu sursautes lorsqu’un chat efflanqué surgit d’une poubelle et te fais face d’un air buté. Les oreilles en arrière et en feulant, il veut te faire reculer. Tu ne veux pas montrer que tu as peur d’une vulgaire panthère urbaine. Mais il a bien compris. Il t’accule de ruelles en ruelles, de plus en plus étroites, en dessinant sur le sol des menaces. Tu t’aperçois alors que tu te trouves sur la sombre et exiguë place des pendus. Ils sont là, en rond, à te sourire dans des grimaces édentées. Leur langue violette bien trop sortie. Le regard fixe. Le corps décharné et grignoté par des oiseaux sans vergogne ni panache. Et la bosse qui saille entre leurs jambes. Cette gaule de la jouissance de la mort, qui te met si mal à l’aise.

Les pendus remuent au vent. Se balancent doucement en faisant de petits bruits qui grincent. Des bruits de corde, comme les mâts des bateaux.

Dans ton effroi, tu n’as pas vu le chat partir comme s’il était rappelé par son maître. C’est idiot comme réflexion, de toute façon, les chats n’ont pas de maître. Tu en es là de tes pensées lorsque tu entends résonner des pas. Tu n’as aucune raison d’avoir peur, pourtant d’un regard rapide, tu mesures la possibilité d’une échappatoire. Nulle.

Pourquoi aurais-tu peur ? C’est les pendus qui te sont montés à la tête !

Fais face et tiens-toi droit.

Le corps bringuebalant, hissé entre toi et la lune, te cache de son ombre, un peu affectueusement. Merci, Pendu !

Les pas se sont tellement rapprochés que tu finis par voir arriver un grand type un peu sec. Déguingandé. L’air vif et le regard fou. Ses cheveux tentent toutes les directions autour de sa tête pour échapper à ses idées qui grouillent. La cervelle en feu, le diable au corps, la rage au cœur, c’est François Villon qui cherche s’il reste des vivants. Et il a senti la chaleur de ton sang qui tourne dans tes veines.

– Ce soir, la ville est vide. Car tous les hommes sont en prison. Dans les geôles des églises ou dans le silence de la corde. Les hommes ont été condamnés. Si bien qu’il n’y a plus personne pour actionner la roue des supplices. S’il reste un vivant, que je le voie. (Ne t’inquiète pas, même le bourreau a trépassé.)

Alors tu sors de l’ombre pour faire face à Villon et son armée de chats. Vous vous regardez. Et puis il t’emmène. Il t’emmène dans la dernière taverne ouverte. Dans sa tanière pour un entracte. Pour te raconter. Pour te donner des nouvelles du monde.

De nombreux verres de mauvais alcool plus tard, alors que le poète jette quelques vers esquissés dans l’ivresse, une femme entre. La peau flasque et les yeux fatigués, elle prend tout de même le temps de recoiffer approximativement ses cheveux sales dans la vitre du grand miroir rouillé. Tout dans la pièce vide est vermoulu et sent le tabac et l’alcool. Son corps couvert de talc répand une odeur de poussière sur son passage. Elle s’approche avec une mauvaise démarche, en bousculant des chaises, et vous frôle. François la salue d’un air attendu. Elle cligne de l’œil dans ta direction d’un air entendu. Tu lui réponds.

Cette femme, qui s’appelle La Colère, échange avec Villon de sombres nouvelles entendues du fond des prisons. Le monde va mal.

La littérature carcérale a retrouvé son existence comme elle n’aurait jamais dû. Et dans la noirceur des cachots, chacun murmure presque silencieusement des histoires incroyables de poésie politique. Chacun intégrant dans son chant celui de son compagnon, à travers les murs. Un mécanisme de survie de la mémoire s’est mis en place. Une typographie de l’indicible se grave au bas des murs sales, dans les profondeurs de la terre. Et il en sourd des mélopées enivrantes.

Villon, La Colère et toi-même partez alors à travers la ville déserte. Pour voir. Les pendus se sont encore multipliés bien qu’il n’y ait plus personne pour les pendre et ils balancent plus fort au fil des rafales. La ville semble étaler les trésors de la mort en offrande aux vivants. Aux trois vivants. Elle leur offre tous ses pendus et toute la souffrance du monde en guise de bienvenue.

La bile au fond de la gorge et le fracas de la Guerre de Cent ans derrière les paupières, tu choisis de t’enfuir, laissant La Colère à La Poésie.

Tu détales. Le souffle court, tu traverses la ville. Tu traverses toutes les villes, gonflant à les faire éclater tes poumons de cet air qui rend libre. Tu suffoques, tu paniques, tu t’emmêles, risques la chute en permanence, mais l’urgence te garde debout. Les murs qui défilent sur le côté de tes yeux sont mouvants, élastiques, branlants. Ils s’étirent puis se ramassent, témoins de ta fuite.

Tu cours. Tu cours. Tu ne te retournes pas sur ce terrible xv° siècle. Tu traverses les siècles de l’atroce les uns après les autres, sans t’arrêter.

Et quand tu ouvres à nouveau les yeux, tu es sur un quai, à la périphérie de la ville.

Le bruit strident du tramway suburbain te prévient de son arrivée. Tiens-toi bien. Tiens-toi droit. Tout se met en branle lorsque le monstre rutilant d’acier arrive. De ses portes qui s’ouvrent en soupirant d’aise se déversent d’étranges créatures.

Un homme à la peau de reptile, costard trois pièces et attaché-case à la main dégouline lentement du dernier wagon. Il se secoue un peu les écailles en dégageant une odeur pestilentielle, et longe le quai. Dans le compartiment où tu es entré se tient une femme au long cou d’autruche sur lequel s’entortille un interminable collier de perles ternes. Ses yeux trop fardés regardent le monde, étonnés, en clignant. Elle fait des bruits de plumes quand elle réajuste son sac à main sur ses genoux.

Au moment où l’engin redémarre, tu jettes un dernier regard sur le quai où tu vois des créatures, mi-poisson, mi-contrôleur, ramper, des insectes surdimensionnés grouiller en bande sans réussir à se décider sur la sortie à choisir, des hommes fatigués, des chats roublards qui mordillent leurs mégots en ayant l’air de fomenter un mauvais coup, un coup de voyou qui te plante dans le dos.

Tu vois aussi, au dernier moment, l’Histoire. Assise sur un pas-de-porte, elle regarde le tram passer. Elle tend la main pour un peu de monnaie. Drapée dans un tissu mou et sans forme sur lequel elle essaye de coudre un peu de dignité avec son fil, le fil de l’Histoire.

Un fil tressé dans les cordages des navires qui ont fait naufrage durant tous ces siècles. Un fil tressé de la corde des pendus. Un fil où s’enroule la plainte des mourants, des morts qui n’ont jamais eu de vie. Des cadavres d’enfants à peine nés, les bras tendus vers leurs mères en pleurs, les joues creusées par le deuil. Des amoncellements de cadavres d’enfants qui n’ont jamais vécu.

Voilà le motif de l’habit de l’Histoire. Un marchand de cauchemars. Un tapin qui ne s’appartient pas. C’est toujours l’histoire de.

Dans l’odeur âcre de l’urine des chats, l’Histoire pleure et se lamente, te cherche des yeux. Des yeux cernés. Elle titube, s’écroule, comme une vieille ivrogne, en essayant de s’appuyer sur son bâton biscornu. Mais le tramway s’enfonce dans un tunnel et cette image disparaît.

Tu choisis de ne rien en penser malgré la vive émotion que cette vision te cause. Donc tout cela, c’est maintenant ? Non, non, n’en pensons rien.

Tu descends quelques arrêts plus loin, sous une pluie acide et verte qui te fait relever ton col. Enfin, tu as tout de même plus d’allure ainsi, avec ta redingote noire qui couvre le bas de ton visage et l’eau du ciel qui mouille ton pantalon. Allez, joue le jeu, disons que c’est l’eau du ciel et non la vive émotion que tu ressens qui a taché ton pantalon. Je suis sûre que tu n’en as rien à foutre, n’est-ce pas ?

Tu croises encore une ou deux créatures tristes, une méduse échouée sur un trottoir te regarde suppliante entre deux halètements qui secouent ce sac de plastique transparent et finissant de vivre. Un oiseau aux couleurs vives et cruelles rôde au-dessus d’elle et bave d’envie face à ce corps gluant. L’amour, la haine et l’appétit. Que veux-tu faire ? On en est tous là. Laisse donc le cours du monde s’achever et continue ta route.

Au pied d’un grand immeuble type Soviétique et Fissure, tu reprends ton souffle en levant la tête. La crasse du bout de tes doigts brille un peu. Et tu clignes de la tête. Remontes un peu tes épaules. Petits gestes mécaniques et rapides qui trahissent ta conscience aveugle. De la poussière brillante, miettes de verre, se coince dans le coin de tes yeux et te fait saigner, sous les paupières. Passe ta langue sur tes lèvres gercées et sèches. Tu sens ce léger, léger goût de sang séché et chaud ? Les yeux brillants de fièvre. Les pieds enfoncés dans le goudron fondant, les doigts dans la prise, la main au paquet et la tête en l’air. Le regard dans la lune et les grands immeubles stoïques pour te contempler.

Ensuite, tu remarques ce cafard à tes pieds. Mais oui, c’est bien le même que tout à l’heure quand tu es sorti du tramway.

– Alors, camarade cafard ? Que t’arrive-t-il ?

Le camarade cafard se love un peu contre ta chaussure en essayant d’immobiliser ses antennes.

– Bon, et bien faisons quelques pas ensemble, tu lui proposes.

Toi et ton cafard déambulez ainsi, entraînés par le courant de la ville électrique.

Tu l’as appelé Ticky. Ça lui va bien et ça le satisfait, même s’il ne sait pas trop d’où te vient cette drôle d’idée patronymique. Vous conversez un peu, mais on sent bien que le cœur n’y est pas. Que le cœur est plutôt au silence, malgré le bruit de ses battements réguliers.

Dans les ruelles, tu sens que les monstres se cachent dans les failles des immeubles à votre approche (enfin, surtout à ton approche). Mais tu ne te vexes pas. C’est comme ça. Les monstres n’aiment pas trop les humains.

Vous dépassez l’ancienne prison en plein air, jonchée de cadavres noircis et les bâtiments murmurent sur votre passage, choqués de cette intrusion de l’organique dans leur univers minéral.

Vous n’êtes pas les bienvenus.

La peur commence à monter depuis ton bas-ventre.

Tu sens que quelque chose bouge. Tu le sens diffusément. Et tu mets quelques minutes à saisir que ce mouvement vient de sous le sol. Les immeubles sont vraiment mécontents. La pierre se sclérose de colère. Tu t’arrêtes et regardes autour de toi. Tu attends.

Les vers vont commencer à sortir de la terre humide et moisie d’être enserrée dans une chape de goudron. Ils vont venir grouiller vers la surface, avec leurs yeux brillants et leurs reflets marron moirés. De gros vers qui se tortillent. Puis viendront les cafards. Par milliers. Ils n’auront pas l’air sympathique de ton compagnon de route. Délogés, ils seront prompts à la colonisation d’aires nouvelles. Tu ne pourras plus marcher par terre car ils auront recouvert le sol. Et cela, ce ne sera que le début. Ensuite, une fois quelques hérissons et quelques taupes passés, il y aura les racines jaunes et noueuses, gorgées d’eau croupie, qui éclateront et grimperont jusqu’à tes pieds, retenant tes chevilles dans leur étreinte végétale. Ce sera très désagréable. Mais ce ne sera pas fini.

Parce qu’une fois que toutes ces choses, plus ou moins connues, seront passées, ce qui reste de vivant deviendra ivre de peur, redoutant de voir débarquer les cohortes de l’enfer, instruments de torture à la main, ricanements sardoniques émaillant leurs passages.

Des petites bêtes vilaines, méchantes et désagréables. Et qui puent. Et puis des plus grosses. Jusqu’à mourir.

Mais non. Tu te reconcentres. Ce n’est pas ça qui arrive. Tu choisis que ce ne soit pas ce qui va arriver.

Donc tu continues à marcher malgré le grondement sourd des entrailles de la terre. Et tu finis par sentir que dans la direction où tu vas, il y a du vivant. Des humains. Tu penses que tu vas te sentir rasséréné. Peut-être. Tu vois alors un homme se diriger vers toi. Un homme qui a la stature de François Villon. Mais ce ne peut être lui, il est resté au xv° siècle. Nécessairement. Il ne peut en être autrement. Et au fur à mesure qu’il avance vers toi, tu vois bien que ce n’est pas François Villon. Il est plus maigre. Il s’approche toujours plus. Trop vite. Ses yeux sont enfoncés dans des trous noirs, profonds. Orbites encastrés. Une veine saillante sort de son front. De sa bouche sort un souffle organique, moribond. La déchéance du vivant. La pourrissure. Il sent la mort et il t’étreint. Il vomit du sang dans tes bras. Tu as peur.

Qu’est-ce qui rend les gens fous, ici ?

Est-ce que c’est la poussière qui recouvre tout ? Les rues, les immeubles, les petites choses et leur liberté ?

Tu te dégages de ses bras décharnés et continues ta route. Tu jettes un œil au sol, oui, c’est bon, le camarade cafard est toujours là.

Tu vois un peu de lumière dans une baraque affaissée. Tu t’y diriges. C’est un débit de boissons avec des gens dedans. Des humains et quelques monstres qui se sont domestiqués à la ville, peut-être qui ont été montrés lors de foires ou dans des musées des horreurs, à côté des photos de guerre.

Tu te sens pris de panique, condamné à revivre les mêmes moments et tu ne veux pas, en entrant, revoir la femme que tu as laissée au Moyen Age. La Colère que tu as laissée se faire dévorer par le Moyen Âge et ses pendus. Mais tu entres tout de même.

L’atmosphère est très différente de ce que tu attendais. Il y a des cris et du mouvement. À t’étourdir. Tu te frayes un passage et commande un verre sur le comptoir usé. Un verre d’alcool frelaté et un peu d’eau sale pour le camarade cafard, qui t’en est bien reconnaissant.

À côté de toi, tu sens une étrange odeur. Désagréable et familière. Tu lèves les yeux de ton verre pour voir la Camarde qui s’en siffle quelques-uns à tout allure. Elle a les yeux gonflés par le pus, la bouche craquelée. Le sang te bat les tempes dans une cadence infernale. Le bonheur des autres… Tu voudrais rendre cet alcool qui te met la tête à l’envers. Mais le fouet de la galère a encore claqué à tes oreilles pour te faire t’aplatir dans le merdier de la misère.

Alors tu t’échappes dans des rires et des pleurs sans queue ni tête. Mais le malaise gluant qui est sous ta peau ne peut pas disparaître. Il s’injecte dans ton corps, dans tes muscles poreux. Et nourris ton aigreur.

Soudain, tu hurles. Tu hurles à la constellation des bâtards. À la lune, aux étoiles. À la constellation des bâtards qui n’existe même plus. Pour te vider. Autour de toi, il n’y a que des perdants. Des qui ont tout perdu. Des perdants, magnifiques et en haillons. Debout, les épaules dégagées, souriant aux étoiles.

Le piano désaccordé donne le ton de la danse et résonne dans les blessures. Les tables voltigent et le ton monte. Un sourire édenté annonce le début de la ripaille. Et toute la Canaille de l’Histoire ressurgit ici, dans un rade terne, presque mal éclairé (de la lumière jaune), sur un comptoir martelé. Les grands miroirs ornés d’or de pacotille déforment les mouvements maladroits. Le bois et le fer s’entrechoquent dans des bruits sourds et les verres se brisent avec éclat. Les pales du ventilateur pendu au plafond tournent trop lentement pour faire de l’air. Il fait une chaleur suffocante. Une musique brouillée par les guitares électriques sort d’une paire d’enceintes déglinguées. Une femme plus que mure et déjà pleine fredonne approximativement l’air de Welcome to Obs’end pour accompagner le brouhaha.

Le niveau sonore est beaucoup trop fort pour distinguer quoique ce soit. Le mouvement est diffus. Et de grands gestes brusques saccadent le déroulement des choses. La cour des miracles est au grand complet pour faire son numéro. Le mauvais alcool et le tabac trop épais mélangent encore ici leurs odeurs et leurs ivresses. Les traces de rouge à lèvres foncé marquent les verres et les mégots, comme une entaille. Le sol est jonché de choses diverses et éparses. Inutiles.

Les oiseaux dehors ricanent et piaillent pour faire partie de la fête.

De vieilles putains dégorgées, enrobées dans leur châle sans couleur, te font les yeux doux en regardant leur verre qui les écoute. Des filles aux jupes trop courtes prennent des airs méchants. Des gars complètement schlass s’accrochent aux chaises en sifflant. Un chapeau tombe par terre.

Le monde de la nuit est ivre. S’est saoulé pour pas cher.

Tu sors pour vomir. Pour conjurer le sort qui accable les humains. Tu sors pour ne plus voir toute cette folie chaque fois recommencée. Comme si tu pouvais y échapper. Tu sors pour t’enfuir de ta condition de créature qui pense. Mais tu sais parfaitement que c’est illusoire, que tu n’y couperas jamais. Tu ferais mieux de retourner te saouler avec les autres. De t’embrumer la tête à n’y plus rien comprendre et de vivre dans le regret amer. Folie douce et whisky sec. C’est tout ce qu’il te reste. C’est tout ce qu’il peut te rester si tu veux faire partie des vivants.

– Allez viens, Ticky, on va continuer à aller jusqu’à nulle part, à se faire harceler par la noirceur du monde.

Et Ticky vient.

Tu prends le peu de force qu’il te reste pour pousser la porte du troquet pourri. Tu entres pour la seconde fois. Tu titubes un peu et tu grimpes sur une table bancale. Tu fais signe au transistor de se taire et, ton cafard sur l’épaule, tu te mets à déclamer. Comme un fou. Comme si c’est tout ce que tu avais à faire. Sans bien même savoir ce que tu dis. Sans bien même savoir pourquoi. Tu hurles, ta voix à la limite de se briser. Ta voix qui te tient debout, tu cries ces vers :

 

Et bien tant pis !

Je m’abandonnerai à la poésie,

À l’hédonisme et au vin pas cher

Dans de grands effets de manches

Et avec de mauvais vers.

 

Je croirai avoir du panache

De l’allure et quelques rimeurs

Au fond de mes poches

Mais je n’aurai que les tâches

du chagrin de votre labeur

 

Je déclamerai de la prose

Sans me soucier de l’heure.

Debout sur un tonneau,

J’emmerderai par ma glose,

Et ma mauvaise humeur

 

Je parlerai de Villon

Comme du premier queer

De Couilles de Papillon

Et tu ne croiras qu’ouïr

Les battements de mon c(œur)

 

(Et) croquant avec éclat

De bien-pensants repus

Mille vices et vertus

M’amuseront âprement

Dans un splendide fracas

 

Que je ne toucherai jamais

Pas plus que tu ne l’effleures

Nous sommes de l’autre côté

À l’ombre des ripailleurs

Celle des racines des fleurs

 

Du verre brisé s’échapperont

Cent mille arômes de poison

Des clameurs d’esprits inquiets

Pour mieux griser nos cervelles

De si petites capacités.

 

J’hurlerai au grand vent

De sordides histoires

De chiens, et de voyous

De pendus, de putain

De tavernes, de grands soirs.

 

Les yeux fous, le verbe haut

Je crie, je ris en pleurs

Et les mains sclérosées,

Debout, de ma hauteur

Au poteau, suppliciée

 

On me passera la cravate

Pour une vie trop dissolue

Faite d’amours et de picrate

De beauté humaine revenue

De trop mauvais vers, de berlue

 

Et, sur son banc le malheur

S’en payera une bonne tranche

En contemplant ma meurt

Au bout d’une corde blanche

Les deux pieds qui balancent.

 

Demande à la poussière

Si elle veut revenir

Il y a pour elle mon corps

Je la fais héritière

De mes plus mauvais souvenirs.

 

(Frères humains qui après nous vivez,

N’ayez les coeurs contre nous endurcis.)

 

Les affreux se lèvent pour t’acclamer ou te siffler. Ils s’agitent en tout sens. Bruyamment. Ils font trembler les fondations des mondes anciens pour que se libèrent les parfums de notre joie. Et que se forment des nuages avec les vapeurs de notre jeunesse. Notre solitude calme balaiera la foule des gens tristes dans une averse électrique. Le tonnerre nous donnera le rythme de notre musique effrénée. L’essence de la frayeur fera marcher toutes les ampoules de la ville. Ne t’inquiète pas. Personne n’aura peur. Je pédalerai sur les machines infernales de la Stupeur et du Chaos pour éclairer d’une lumière magnifique les visages de la jeunesse.

Les cavaliers sillonneront la ville en hurlant pour annoncer la pleine lune. Leurs figures peintes avec éclats renverront comme autant de miroirs le sourire des gens debout. Et mon cheval me murmurera des histoires incroyables, des histoires de gens qui travaillent et qui s’enferment.

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