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Ce type

À chaque fois que je le vois, c’est pareil.

D’une fois sur l’autre, je me promets de pas me reprendre au jeu, mais ça manque pas.

J’arrive, je marche dans la rue, et puis je l’aperçois. Il est de dos, avec sa veste noire, parfois en train de discuter, parfois, juste en train d’attendre. Je vois pas très bien, en fait, il est toujours de dos quand j’arrive. Et généralement, il est juste à l’angle où je viens de tourner, ça me surprend toujours un peu, même si je me doute qu’il va être là. Il se retourne et il me sourit, avec une confiance qui me subjugue. Moi, j’ai les mains moites, le cœur qui bat presque et j’essaye de faire mine de rien. En général, il se met à me parler assez rapidement, et je réponds des choses polies, j’essaye d’être agréable, un peu maladroitement, comme quelqu’un qui essaye de plaire et qui ne sait pas trop comment s’y prendre.

Et puis, le soir, je rentre chez moi, et dans mon lit, je me tourne et me retourne, en pensant à lui, comme une adolescente. Puis d’autres fois, en général, quand je viens de le quitter, je suis en colère contre moi, j’ai envie de tout reprendre à zéro, pour partir d’un bon pied, parce que je vois bien que c’est mal engagé, cette histoire. Mais, rien à faire, on ne peut jamais rien reprendre à zéro. Ça n’existe pas, tout simplement. Alors je continue mes histoires dans ma tête et je continue à essayer de le voir, à m’arranger pour être sur son chemin. Je m’habille comme je pense que ça lui plairait. Des fois, ça marche. Et il me fait des compliments, je suis contente, après ! D’autres fois, j’arrive et il est en train de discuter avec des gens, des conversations passionnantes et brillantes, dans lesquelles je ne trouve rien à dire. Je tente, mais c’est comme une autre langue, je prononce mal, je trébuche, je me sens idiote et je fais des erreurs de syntaxe, des contresens.

Je le désire tant. Et ça m’énerve, parce que je ne m’en aperçois pas tout le temps. Parfois, je suis seule, tranquillement, sous la douche par exemple, et je me surprends à être en train de penser à lui. Je rage, mais c’est trop tard, je suis déjà en plein milieu de l’histoire.

Je suis un peu amourachée de ce type qui me trimballe, comme bon lui semble, selon ses envies. Et j’ai beau faire semblant que c’est moi qui mène le jeu, je sais bien, au fond, je sais bien que je ne touche pas à la partition, que je me laisse trimballer.

Mais alors pourquoi c’est pas tout le temps comme ça ? Comment c’est quand il est pas là ? Est-ce que là où je vais, il y sera ?

Je le déteste tant que je sais que ça veut dire qu’il me plait. Et des fois, on discute un peu, ça marche, quand il est de bonne humeur tout ça, on se marre bien, même. Et après ça, je peux rêver des heures. Mais c’est rare, c’est rare. En général, il me passe à côté. Il me frôle comme pour me provoquer, mais sans un regard, et moi, je reste là, sur le bas-côté, un peu blessée, un peu sans rien piger. En me mordant les lèvres d’avoir pu penser qu’il ferait attention à moi.

C’est une histoire idiote, hein ? Mais si seulement vous saviez, qui c’est ce type qui me rend dingue. Avec qui je rêve d’avoir une aventure au long cours, avec qui je rêve de m’embarquer. Je ne sais pas pourquoi, d’ailleurs. Vous savez, c’est ce genre de mec qu’on déteste avant d’en tomber amoureux, je sais pas ce qui s’est passé pour qu’il me tourne la tête, ce qui m’a séduit chez lui. C’est allé petit à petit, sans que je le voie venir. Au début, je l’avais repéré, et des fois, je m’amusais à flirter un peu avec, mais maintenant, c’est comme si toute ma vie était organisée autour de lui, à l’attendre, à le chercher.

Mais je pense, j’espère qu’un jour, on fera l’amour, une bonne fois pour toute. Ça veut rien dire, ça fait pas tout, mais j’ai bon espoir que ce soit cathartique, que ça me libère la tripe et l’esprit. Que je sois tranquille avec ça, que j’ai goûté à ce poison-là et que je puisse passer à autre chose. Qui sera le suivant ? Je veux pas le savoir. Mais j’en ai marre de courir après ce type. Et en même temps je sais bien, qu’une nuit passée avec, ça ne me suffira pas, que je voudrais y revenir, voir si je m’étais pas trompée. C’est bizarre.

Il faudrait que j’arrête un peu de le voir. Mais ça, c’est la seule chose qui soit vraiment impossible. Parce que ce mec, il s’appelle Norman, tu vois ce que je veux dire ?

Posted in Les passions imaginaires.