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Chicago

  1. Paris – Chicago

Chicago se lève tard.

Mardi matin, je déambule dans les rues ensoleillées. Tout est calme, fermé, vide. Dans cette ville toute à son américanité, tout le monde a l’air de s’être entendu pour un statu quo de beauté. C’est joli, très joli, rempli de poésie, à l’occasion fabriquée, mais dans une artificialité de bonne guerre, comme une imagerie tranquille, assumée.

J’ai quitté Marseille tourmentée par mes passions et mes envies. Je suis arrivée à Paris au beau milieu de la nuit, à l’heure des voleurs, et j’ai sonné au petit immeuble de Clichy. Autour de petits verres de rhum à la vanille, nous avons discuté toute la nuit de la frontière, de nos vies et de Tchouang-Tseu, en toute complicité. Mes nerfs ont commencé à s’apaiser.

Une poignée d’heure plus tard, nous étions à nouveau en train de discuter de taoïsme et de la Chine autour de grandes tasses de café. J’ai filé après avoir chaleureusement remercié mon hôte et après mille promesses de se revoir. J’ai attrapé le métro, puis le train de banlieue pour arriver toute ensommeillée et heureuse à l’aéroport.

En apercevant le comptoir d’enregistrement désert, je me doute que quelque chose ne va pas. Oui, l’enregistrement est fermé. 12 minutes de retard et mon voyage à Chicago rayé du radar… Je m’effondre. On m’envoie d’un comptoir à l’autre et une femme à l’air revêche me rebalance – après m’avoir grondée – sur un vol pour Philadelphie. Un homme de la sécurité me bombarde de questions auxquelles je n’ai pas le temps de répondre pendant que j’étale tous mes papiers à plat et que je regarde ma valise s’éloigner.

Je cours, je passe tous les contrôles en montrant, haletante, le petit papillon violet de papier, le passe-droit intergalactique qui me propulse en moins de deux dans un avion pour l’autre monde, le nouveau. Et me voilà à Philadelphie, dans cet aéroport miteux où je fais des allers-retours, passe et repasse incessamment le contrôle de sécurité sous le regard agacé des agents. Enfin il est l’heure. Un petit coucou nous amène à Chicago. Ma voisine me fait la conversation, mais je suis épuisée.

À l’arrivée à Chicago, les premiers effluves sont très bons. Je prends la Blue Line et regarde défiler les marges de la ville par la fenêtre du métro aérien. C’est très beau.

À Damen, je découvre un quartier qui a dû être incroyable avant la gentrification. Des librairies, des petits disquaires et quelques clubs émaillent encore un peu les alignements de fripes vintage.

Les typographies sont partout magnifiques. En levant les yeux, je découvre un quartier haut de 3 ou 4 étages, tapissé de grandes baies vitrées serties de pierres brunes, blanches ou grises.

Après m’être enregistrée et pris mon lit dans le dortoir de la petite pension où j’avais réservé, je pars faire un tour, sans avoir aucune idée de l’heure qu’il est. Il y a beaucoup de bars où on regarde des matchs de hockeys. Dans une librairie d’occase, je trainasse, m’enfonce dans les entrailles de la boutique pour tomber, coincés entre le rayon des cultural studies et celui des études politiques, sur un saxophoniste, un électricien et un batteur qui improvisent de la musique expérimentale dans le silence recueilli d’un public attentionné, et probablement connaisseur. De retour dans la rue, je grappille sur les nombreux posters quelques possibilités musicales à venir. J’avale un sandwich médiocre à consonance italienne et rentre m’effondrer après avoir fumé une dernière cigarette sur le toit de l’immeuble, qui brille un peu sous la légère légère pluie de Chicago. La ville porte bien le gris souris.

Réveillée aux aurores, je gagne un peu de temps en trainant autour de la machine à café. À 7:30, n’y tenant plus, je sors pour rentrer dans un café. L’air est vif et transparent, tout le contraire du café. En grignotant un scone à l’orange et à la myrtille, je me perds dans des réflexions sur le rapport des États-Unis à l’exil. Je pars ensuite explorer la ville vers le nord, la ville encore vide et endormie. Je me verrai bien vivre ici. Je m’arrête ici et là pour siffler un de ces grands jus d’oranges pressées dans des lieux spacieux, calmes et vitrés dont je ne saisis pas la fonction exacte. Je tire ensuite sur le centre, où dès la sortie du métro, je dois plisser les yeux sous les assauts clignotants des ampoules et néons multicolores, qui reluisent au milieu de ces grandes avenues bordées de monuments de pierre majestueux qui vous donnent des vertiges de perspective.

Cet après-midi, j’ai rendez-vous à l’aéroport pour le vol de 16:34, tout droit de L.A.

Cher Z.
Temps gris souris et légère légère pluie, parfait pour l’ambiance de la ville. Ça me reconnecte avec le monde nord-américain, la différence entre bar et café, le hockey sur glace diffusé par 8 écrans géants dans chaque bar, les gens qui te branchent sur tout et n’importe quoi, la mise en scène perpétuelle. Mais tout ça est dans un décor magnifique ! Métropolitain aérien, vieux bâtiments industriels, ruelles luisantes de flaques pour relier les avenues saturées de néons qui clignotent.

 

  1. O’Hare

L’étape de l’aéroport me voyait remplie d’appréhension. Les retrouvailles sont toujours d’éprouvants rituels, et la difficulté était démultipliée par la taille d’O Hare, le plus grand aéroport des États-Unis. Le bonhomme derrière le comptoir d’information porte une étoile de shérif et garde désespérément la tête baissée alors que je m’adresse ostensiblement et à plusieurs reprises à lui. Je suis absolument sure de parler à haute voix. Au bout d’un certain temps, je considère qu’il est complètement insensé qu’un type derrière un comptoir d’information refuse obstinément de m’adresser la parole. Je fais le tour du comptoir pour rentrer dans sa guérite, où il me renseigne le plus gentiment du monde. Alors, et seulement alors, je comprends que comme ils parlent très fort tout le temps, peut-être qu’ils n’entendent pas très bien…

Je retrouve mon amant fatigué et malade. Nos retrouvailles se passent dans le train qui nous amène à Damen, avant d’avaler un shawarma sur North Avenue.

 

  1. Les jours suivants

Les jours suivants sont dédiés à l’exploration de la nourriture. Nous prenons parfois le métro au hasard, et sortons quand le nom de la station nous plait. À la station Chicago, on regarde à droite, on regarde à gauche : rien. On finit par dégotter un snack qui fait des pizzas new-yorkaises. Un autre jour, en allant manger chinois, on rencontre un cantonais de Chine continentale qui nous sert des plats délicieux dans des doses évidemment américaines. À Little Italy, nous allons chez Davanti, un restaurant très chic. Je commande un raviolo géant. Mon compagnon n’est pas à l’aise dans ces normes européennes. Nous partons aussitôt après avoir mangé. Plus tard, on atterrit dans un restau mexicain où j’avale sans surprise des quesadillas et du maïs et des avocats. Un lunch indien puis des grills américains où l’on te sert des pièces de viande à l’épaisseur délirante, encore des pizzas, des donuts, des sandwichs débordants et juteux, ça n’en finit plus de ripailles !

Au milieu de cette orgie, je fais une pause pour me pointer à l’Université de Chicago pour écouter une présentation sur le genre, l’avortement et la xénophobie. La discussion est très intéressante mais l’université elle-même est effrayante : une tour d’ivoire, blanche et rayonnante autour de son grand clocher, au beau milieu de Cottage Grove at 63d Avenue, là où se tasse une humanité fracassée et noire dans des décors délirants de barbelés défoncés autour de terrains vagues troués de flaques.

Plus tard, nous nous rendons sur les rives du Lac Michigan. C’est magnifique. On dirait la mer. Un petit phare abandonné, une digue en pierre noire et de grandes jetées de sable, dont les buildings semblent sortir à l’horizon. Le vent pousse un peu le sable, des rails se jettent dans l’eau, et une cabane abrite sûrement quelques matériaux de jeux estivaux. Le ciel est d’un gris cotonneux un peu bleuté tandis que le lac tire sur le vert.

Rentrée à l’auberge, je me repose sous le soleil qui s’exerce à nouveau à la chaleur sur les toits de Chicago, dans ces rues qui me plaisent et m’apaisent, sans avoir besoin d’en faire des caisses, sans même pouvoir en faire des caisses. Ici, égale à moi-même. J’attends de me retrouver seule et je m’entraine à redire les choses simplement. Je fronce les sourcils devant la capacité des gens à dénier, à tricher, à se forcer à croire : le mensonge à soi-même en toute innocence. Et moi qui déploie une énergie universelle à les croire alors qu’ils ne cherchent qu’à se duper eux-mêmes.

Tout doucement, certains jours avec et certains jours sans, je me retrouve débarrassée de tous ces mensonges étrangers, je me détends, je prends du champ et je retrouve la lecture. Dans les mots des autres, je m’enlève enfin du milieu, je me décadre et je suis à moi-même plus pleinement. J’oublie lentement cette histoire un peu sale où les démons du pouvoir m’avaient attrapée et dans laquelle les démons du genre m’avaient fait perdre. Je patiente lentement devant cette histoire d’une poignée de jours qui s’égrènent dans l’éloignement. Je respire à nouveau de mes envies, qui cicatrisent. Je veux lire et parler. Je suis enfin revenue de Hong Kong. Et dans cet occident un peu autre, je me love et me sens bien à en pousser de profonds cris de joie.

À Chicago, j’apprends douloureusement que nous ne pouvons pas être la même personne sur différents continents. Nous sommes ce que les villes et les continents font de nous. Et ce qu’elles font de nos relations.

Alors, alors je peux enfin arrêter ma course en avant. Enfin, revenir à ce que je suis, mes normes et contre-normes et accepter avec elles l’occident. N’importe quel point sur la carte vers lequel je peux avancer avec mon corps.

Je me sens prête à prendre des décisions. Je retrouve des gens importants. Je veux à nouveau penser le monde et le faire sereinement, avec ce que j’ai dans les mains seulement. Arrêter de courir comme un cheval affolé. Ces quelques jours m’ébranlent un peu, ma patience est très maigre, je m’inquiète parfois à nouveau, un petit peu. Mais je sais instinctivement ce que j’ai à faire si tôt que je retrouve ma liberté. Parfois je m’entoure mal, car je ne sais pas patienter, parce que j’aime le vice ou parce que j’aime me planter. Mais je sais instinctivement ce que j’ai à faire si tôt que je retrouve ma liberté. Même si je laisse trop de place aux mensonges des autres, quand je reviens à moi-même, je retrouve vie.

Cher Z.
Hier, je me suis pointée aux Double Doors, un club légendaire dans le quartier de Wicker Park, pour une soirée soul annoncée en fanfare. À la porte, le mec qui fait l’entrée me demande mes papiers. J’avais complètement oublié cette habitude et je réagis mal, on s’embrouille, il me parle comme à une gamine pour me faire peur en m’expliquant que je peux finir en prison si j’ai pas mes papiers, je le prends de haut et je me tire en promettant de ne pas revenir. Mais ma pension n’était vraiment pas loin, et j’avais quand même envie d’aller à cette soirée. Donc, je ravale un peu ma fierté, passe prendre mon passeport et me repointe à la double porte. Le gars sourit, je m’excuse de mon énervement à mettre sur le compte de l’interculturalité et en vérifiant mon âge il me glisse que « c’est bien, comme ça, on pourra identifier mon corps ». ça me fait rire, donc on se présente. La soirée elle-même n’est pas terrible. La musique est excellente, mais ces américains trapus ne savent pas danser, et moi j’ai trop mangé pour me décoller du comptoir ou commander d’autres bières. En fait, j’ai l’impression d’être dans un de ces films anglais, comme Trainspotting, quand les jeunes sortent en boite. Décidément, la classe n’a pas été inventée de ce côté du monde… Bref, après un petit moment, je vide les lieux et je salue le mec en partant, qui me rappelle pour me dire de revenir lundi. Je lui demande ce qu’il y a comme concert. Il ne sait pas, mais il travaille lundi, alors il me fera rentrer gratuit.ça, ça s’appelle avoir un ticket, non ?Les gens sont incroyables, ici ! Tu sais, on dit que Marseille, c’est Chicago, mais règlements de compte à part, ça reste quand même pas comparable ! Ici les gens se parlent comme dans un village, tout le monde est très attentionné. Côté mistral, clairement, on peut aller se rhabiller… Chicago s’appelle la Windy City, la ville venteuse, et franchement, c’est pas pour rigoler : des rafales qui arrivent direct des grands lacs, ça te calme un moment !En parlant à un vieux blacks perchos dans un parc (putain l’accent black c’est autre chose !), j’essaie de lui expliquer que je viens d’une ville que les gens appellent volontiers Chicago pour rigoler. Il fronce les sourcils, réfléchit un moment, et dit – « ah oui, pour Al Capone et ces trucs-là ? », – oui oui, je dis. Il rigole. Je rajoute qu’en fait c’est drôle parce que la ville ici est très douce et tout le monde très gentil. Il me met en garde, en fait ça dépend de l’heure et du quartier. Et en effet, je me suis retrouvée dans le sud de la ville, et là, ça avait une autre gueule.

 

  1. Bon temps

Dimanche, je suis enfin seule à nouveau avec la ville. J’ai envie de la parcourir de fond en comble. J’ai entendu parlé du parc Lucy Parsons. Comme je ne connais pas bien son histoire, je pars y faire un tour en espérant en apprendre un peu plus. Après un trajet démesurément long, je sors du bus pour trouver un petit square de cent mètre carrés tout occupé par le toboggan central… En effet, c’est le parc Lucy Parsons, et ça sera tout merci… je reprends le bus en sens inverse, un peu dépitée. Je me rends alors au Chicago Cultural Center, downtown.

Cher Z.
Aujourd’hui, je me suis retrouvée dans un bâtiment splendide, où jouait un orchestre de jazz excellent, avec monsieur loyal qui faisait des claquettes dans les grands moments ! magnifique ! j’avais jamais vu ça en vrai, les claquettes : c’est incroyable ! Et les gens dansaient comme des fous. c’est comme si tout à coup, ils se révélaient, avec la musique. Tous ces corps trop grands, trop pâles, trop gras, ces peaux desséchées par le vent, leurs habits comme des sacs, tout ça soudain s’évanouit pour laisser la place à un dancefloor endiablé, d’une vivacité et d’une souplesse merveilleuse à voir. J’aurai pu les regarder pendant des heures, tellement c’était beau.Aujourd’hui aussi, je me suis retrouvée dans un quartier latino, et autant le quartier black destroy, j’en menais pas large, mais ça va, autant, là, je t’avoue que j’ai pas trainé de trop… je sais pas pourquoi, ça m’effraie. En même temps faut dire que les loulous ressemblent vraiment à ceux des mauvaises séries télévisées… et y a un paquet d’allumés dans le bus, c’est drôle ! Une meuf d’une cinquantaine, avec un accent slave branchait tout le monde. Rentre une meuf la trentaine avec sa poussette, obèse. La nordique la regarde et lui dit : « bon, là c’est fini, hein, faut arrêter le diner, hein ». Putain, j’ai failli m’étouffer et j’ai cru que l’autre allait lui mettre un pain, mais non, elle s’est assise à côté d’elle d’un air blasée, et elles ont discuté tout le trajet…

Pour finir la journée, je fais des découvertes.

Cher Z.
J’en ai marre de manger des sandwichs, alors je flâne et j’aperçois un truc allumé. On dirait un magasin de design intérieur, mais en fait c’est un snack. Mieux que ça, en fait ils ne vendent que des ‘za (oui, ils ont rebaptisés la pizza ! c’est des génies, non ?). J’approche du comptoir immense et là, il y a des couleurs incroyables. Après la pizza aux haricots verts, celle aux épinards, ou au pistou, je passe à la partie orange. Je me décide pour une « poulet pané, sauce barbecue, cheddar à foison et fromage frais, assaisonné de coriandre », déjà on est pas mal. Mais ensuite, ils nous allongent pour l’éternité : mieux que la pizza aux frites, tu devineras jamais : la pizza aux pâtes. La pizza est recouverte de macaroni (mais vraiment recouverte, comme de la sauce tomate) et ensuite recouverte de cheddar fondu. Tu te rends compte ?!!! Je lui ai dit au mec : mes copains ils vont jamais me croire ! il a rigolé. Pour me remettre, je trace dans un café pour un petit cookie avec un latte. Le mec qui sert est incroyablement gentil. Je demande une ou deux précisions sur les gâteaux et au moment de me servir, il me propose un truc que je ne comprends pas, je le fais répéter trois fois et je comprends que pour une raison inconnue il me parle de grand marnier. Avec son grand sourire aux dents, il me dit « tu es française, non ? » oui, oui (c’est le lien avec le grand marnier). Et il va derrière chercher un tupperware géant rempli de bons chocolats au grand marnier et il m’en offre un. Comme ça, juste parce qu’il est gentil.

 

  1. Alcool

Lundi, je commence la semaine en me rendant au local de l’IWW. Un type barbu de mon âge me présente le local et l’IWW en général. Ça ressemble quand même diablement au CIRA. Nous avons de jolies discussions et il accepte que je revienne dans quelques jours pour recevoir un coup de fil depuis la prison d’Arizona. Je repars avec quelques livres sous le bras. Et je m’en vais alors voir le musée d’histoire de Chicago. Le contraste avec l’IWW est frappant et je m’étonne un peu à la fois qu’il y ait un musée d’histoire, et de ce qu’ils y mettent. Les grandes lignes tracent le cadre : l’arrivée des colons, le grand incendie, Haymarket, les années folles : le jazz, le blues et les gangsters, le tout avec l’architecture de Frank Wright Lloyd en toile de fond.

Je repasse à l’auberge où traine une fille dont le nom ressemble à quelque chose comme Tayler. Elle est de Portland, elle vit à Los Angeles, elle a 23 ans, ses cheveux sont décolorés en blanc étincelant et elle travaille dans les relations publiques pour maisons d’éditions. Nous partons boire des bières, dans différents bars, en parlant de l’édition, des livres, du système éducatif et universitaire, et des rapports compliqués entre l’Europe et l’Amérique. Je vois qu’elle s’applique un peu pour faire un sans faute, et elle y arrive plutôt pas mal. Un australien qu’elle a rencontré je ne sais où et qui fait le tour du monde nous rejoint. La conversation s’enlise dans des sujets sans intérêts. L’australien s’en va, on passe au Double Doors. Le mec de l’entrée n’est plus du tout si friendly. La musique est pourrie alors on se tire et je vois briller un peu plus loin une étoile verte. C’est une immense salle qui doit servir des tacos aux heures de repas. Pour l’heure, c’est bondé et un immense rectangle trône au centre de la pièce et sert de comptoir. Nous nous agglutinons à un angle et, tandis que j’entretiens ma camarade de sexualité pour la dérider un peu, elle propose qu’on passe au whiskey. Je croquerai bien le jeune serveur au look un peu crust qui me regarde en coin depuis tout à l’heure. Tayler me dit de lui écrire mon numéro de téléphone sur un sous-verre. Je n’ai pas de téléphone. Elle propose d’inscrire le sien. Mais je préfère aller lui demander où est-ce qu’il y a de bons lieux anarchistes ou punk. En voyant l’affolement dans son regard, je me rends compte que ce n’est qu’un connard de hipster… J’ai bien fait de ne pas suivre les conseils de Tayler. Je rentre soule. Devant le dortoir, une bande d’uruguayens se sont mis des chapeaux pointus pour un anniversaire. Alors que je passe au milieu, l’un d’entre m’enfourne dans la bouche une fourchette d’un plat probablement à base de lentille. Ils sont 200 et ils font le tour du monde.

Il faut que je prenne cette décision pour la Chine. Même ici, à Chicago, je me suis remise à courir pour ne pas y réfléchir. En Europe, on est déjà le 30 avril et je ne sais toujours pas. Parfois, même, les choses sont encore plus brouillées qu’à mon arrivée. J’ai l’impression que je me cache quelque chose à moi-même et je n’arrive pas à prendre le temps de me poser pour réfléchir calmement à ce qui est en jeu. Tout se mélange, ces histoires de mecs, le temps libre et le travail, la géographie, l’image que j’ai de moi-même, ce dont j’ai envie et ce qui me semble raisonnable. Par à coup, je retrouve une grande liberté et une belle épaisseur. Où est-ce que je les nourrirai le mieux ? La joie de vivre vs. la peur de se planter.

Dans les jours qui suivent, je retourne à l’université voir quelques expositions, je passe à la bibliothèque, je marche dans la ville, tant que je peux. Je passe enfin manger la pizza de Chicago chez Lou Malnati’s, dans un drôle de restaurant, où je préfère m’attabler au comptoir. Je passe faire une pause à l’hôtel et me dirige sur les coups de 10h au B.L.U.E.S. Chicago, un petit club en face du célèbre Kingstone Mines. Les tarifs me font vite opter pour le B.L.U.E.S. et je rentre dans cette minuscule salle bondée où un groupe envoie un genre de funk teinté de blues. Je ne suis toujours pas familière avec ce contrôle des identités à l’entrée de tous les bars, ni l’interdiction de l’alcool dans la rue. Je me fais reprendre deux-trois fois, puis je finis par m’asseoir dans un coin pour écouter le concert.

Une bande composée d’anglais, d’américains et de russes qui ont tout l’attirail des expats en goguette se mettent à la même table que moi, et voilà que ce jeune requin de Miami entreprend de me séduire de façon très grossière. Quand son copain londonien m’explique qu’ils sont spécialisés dans l’export de nourriture pour poisson d’aquarium, c’est le pompon. Comme je suis un peu raide, je les laisse tout de même me payer des bières. Mais juste derrière, au comptoir, il y a ce type, qui est exceptionnellement beau et qui a l’air très sympa. On se croise deux-trois fois, je lui souris franchement. Je fuis les anglais et on trouve un prétexte absolument creux pour s’adresser la parole et plus précisément se rouler une pelle digne d’une scène de cinéma. Les anglais se tirent en me recommandant de faire attention à moi, que cette ville n’est pas si gentille qu’elle n’en a l’air. J’ai envie de répondre que moi non plus, mais en fait j’en sais rien. C’est un brésilien d’origine japonaise. On se retrouve devant le club. Ses copains se tirent. On attrape un taxi pour rejoindre son hôtel. Pendant la course, j’apprends qu’il est chirurgien et tout se confirme quand on arrive au Marriott. Tout est très facile, on sait exactement tous les deux pourquoi nous sommes là, et comment faire, c’est agréable. Je m’endors le sourire aux lèvres à l’idée du petit-déjeuner delux qui m’attend le lendemain. Je l’entends se lever à 6:30, j’opte pour l’envie de pisser. Quand j’entends la douche se mettre à couler, je fais semblant de dormir le plus profondément possible, mais bien sûr ça ne loupe pas, le type me réveille, il doit prendre son avion pour New York. Le con ! Je lui dis que si j’avais su, je serais pas venue, ça le fait flipper, bref de maladresses en maladresses, au final même pas un café.

En quittant l’hôtel de luxe où j’ai passé la nuit avec ce chirurgien nippo-brésilien, je découvre les couleurs de la ville à l’aurore. C’est très beau d’être là au petit matin, au milieu des ces mastodontes de bâtiments qui dorment encore dans la lumière magnifique. Le brun des ossatures métalliques semble encore mouillé de l’obscurité nocturne. Sous les ponts qui corsètent la rivière, un peu d’activité naît doucement, une grue s’étire un peu, un bateau à quai crachote et le pont résonne des vibrations des premiers trains qui ébranlent les passerelles. Il fait doux et gris. Quelques flaques expirent ici et là. Je grimpe dans la Blue Line et me laisse bercer le temps d’ouvrir les yeux.

Au BongoRoom, je m’assois pour un américan breakfast et tout en grignotant du fricot de bacon qui trempe dans du jaune d’œuf, je commence une nouvelle vie de trappeuse. Chapeau de fourrure et tente en toile de jute, grosses bottes noircies par le feu et la mâchoire qui danse de droite à gauche pour déloger ce haricot qui s’est coincé dans le trou de la dent grise. Un gobelet métallique à la ceinture, je me cure les dents avec une brindille en plissant les yeux vers la forêt de sapin là-bas. Je traverse la route, et je suis Johnny Depp en habit de rocker qui martèle le pavé de la ville entre deux pancartes lumineuses aux couleurs vives. Je regarde passer les Cadillac et m’attable dans le premier diner que je trouve. Quand ma pizza arrive, j’ai un long manteau sombre qui cache mon flingue. Le transistor recrache le match de base-ball pendant que je dois crier pour commander un whiskey avec l’accent italien. Il y a encore quelques vapeurs d’art-déco qui ne se sont pas dissipées. D’un bond, je reviens au BongoRoom. Mais qu’est-ce que c’est que cette ville ?

Pour la journée à venir, je choisis de continuer à marcher pour faire disparaître l’alcool qu’il y a dans mes veines. Sur les conseils d’une fille idiote, je me rends au Navy Pier, bien sûr la vue est jolie. Les parcs alentour non plus ne valent pas le détour, et je repars juste un peu plus fatiguée. À 17h, je dois être au local de l’IWW pour recevoir un coup de téléphone. Une jeune femme est là, qui n’est pas au courant de l’appel, mais qui m’accueille très volontiers. Nous discutons de la place de la religion dans les milieux radicaux nord-américains. Puis le téléphone sonne. Je pars m’enfermer dans le bureau. Mon ami est complètement upset, il a évité le trou de justesse et n’a toujours pas sa date de sortie, contre toute légalité. Devant son énervement que je comprends, je me sens démunie. Nous discutons tout de même un bon quart d’heure. Je prends une soirée off pour m’occuper de mon courrier dans un café où je grignote quelques-unes de ces délicieuses pâtisseries nord-américaines.

 

  1. Politique

Aujourd’hui, c’est le premier mai. Il fait très froid. Je suis très excitée d’aller assister au cortège chicagoan. Je ne sais pas à quoi m’attendre.

J’arrive à Union Park, le point de rendez-vous, avec près d’une heure de retard. Je grignote le mauvais repas tiède de Food Not Bombs, et je concentre toute mon énergie à ne pas mourir de froid pendant que nous attendons plusieurs heures dans ce parc qu’une hypothétique foule se forme. Je ne discute avec personne, je me demande vraiment ce que je fous là. Je retrouve la fille de l’IWW, un étudiant rencontré par hasard. Les gens avec qui je discute ne me racontent rien d’enthousiasmant. Ils sont très en colère et déprimés. La marche commence enfin. Nous marchons dans des quartiers déserts, je ne comprends pas trop le sens. Comme en France, il y a ici et là quelques personnes masquées qui entendent faire le coup de poing, une artiste allumée, aussi des fanatiques de hobos, des défenseurs des droits des indigènes amérindiens, etc. Nous marchons un moment pour rejoindre la marche de l’immigration contre la déportation. J’apprends que le 1° mai à Chicago n’est pas la fête du travail. Nous rencontrons la marche des immigrés sur la place d’Haymarket. Une statue des martyrs a remplacé celle du policier depuis quelques années. Tout le monde la prend d’assaut, c’est assez émouvant. Nous repartons ensuite pour manifester dans le centre ville. Tim, un type en vélo me voit frigorifiée et me prête ses gants. Quand nous passons devant l’Office du Commerce, des tracts volent depuis les hauteurs des buildings vers nous. Dessus, des slogans encourageant la déportation des clandestins. De légers accrochages avec la police. Le long de la marche, il y a de vieux hommes portant une casquette verte où est inscrit qu’ils font partie de la coalition des avocats et qu’ils sont des observateurs des droits. Il pleut et vente à n’y plus tenir. Parfois, le crachin est si fin qu’il vole comme de la neige. Parti d’un cortège d’anarchistes avec deux ou trois cents personnes, nous sommes maintenant deux ou trois mille, peut-être. À un certain point, je m’engouffre dans une station de métro pour rentrer me reposer au chaud.

Plus tard dans la soirée, j’irai au concert. Le bus me dépose devant le lieu qui appartient à l’IWW. Des stands de livres et de brochures bordent le petit couloir qui mène à la salle. Quand j’arrive, un groupe de crust est en train de jouer. Je rencontre Mackel avec qui je discute longuement. Nous parlons notamment de l’anti-militarisme et des différentes formes de lutte. Je discute ensuite avec un type qui a un regard de jeune anarchiste fougueux. C’est un turc qui fait sont doctorat de mathématiques ici. Nous nous marrons franchement bien et les groupes alternent entre folk, ska-punk et crust. Agents of Change est sûrement le meilleur de la soirée. After awhile, je rentre bien éméchée dormir.

 

  1. Cimetière

Tous les gens de l’IWW que j’ai croisé et d’autres m’ont dit qu’il fallait absolument que j’aille au cimetière de Waldheim, où sont enterrées Emma Goldman, Voltairine de Cleyre, Lucy Parsons ainsi que les fameux martyrs de Haymarket. Je n’ai pas de fascination particulière pour les tombes, mais c’est mon dernier jour à Chicago, alors je me décide à y aller. C’est dans une banlieue est de la ville où je ne suis jamais allée.

J’ai donc pris la Blue Line, passé Pulaski et Cicero, jusqu’au terminus à Forest Park. Là, j’ai demandé mon chemin à partir de mes indications grappillées sur la carte en ligne. Oui, oui, Circle Avenue est bien par là. Après une marche bien trop longue dans le petit quartier résidentiel désert, je commence à douter de mon itinéraire. J’aperçois au loin un type sortir de sa voiture pour entrer dans un petit bâtiment. Je m’y rends, pousse la porte en espérant que ce soit ouvert et entre dans ce bar-grill plongé dans l’obscurité noire. Le grand comptoir central est en train d’être nettoyé par une femme dans la cinquantaine, tandis que l’homme que j’ai aperçu farfouille dans un coin. Au moment où je dis « excusez-moi, je me suis perdue », je me sens comme dans un mauvais film où, pour quelque raison obscure, je vais me faire dépecer dans l’arrière-salle par le couple de rednecks que sont les tenanciers. Je demande le cimetière. L’homme réfléchit. Mmh, le cimetière de Waldheim, oui je vois. Il propose de m’y conduire en voiture. J’accepte en frémissant. Sur la route, qui est en effet assez longue, le vieil homme me dit, en me regardant dans les yeux, qu’il y a beaucoup de cimetières à Forest Park. Parce qu’il y a beaucoup de morts. Je m’imagine à nouveau découpée en 5 morceaux à la scie à bois à l’arrière de la bagnole abandonnée au fond du cimetière.

Au deuxième cimetière que l’on passe, l’homme se gare. J’essaie de rester calme quand je tire sur la poignée de la portière qui ne s’ouvre pas. Mais je n’arrive pas à m’empêcher de tirer dessus à plusieurs reprises saccadées. Le type me dit de rester calme pendant qu’il active le déverrouillement automatique centralisé. Je le remercie chaleureusement (et intérieurement, je me félicite d’avoir toujours la vie sauve) et je claque la portière.

Le cimetière de Waldheim est un cimetière juif. J’entre dans la guérite de l’accueil et le type me demande d’un air grave ce que je cherche. Je parle du monument, mais il ne voit pas ce que je veux dire et moi-même je ne suis pas très sure de pourquoi je suis venue. Je mentionne Emma Goldman. Il me fait épeler. Je ne sais plus s’il y a un n ou deux. Il me regarde d’un air suspicieux, puis me demande si elle est morte récemment. « Oh, je lui dis, non, plutôt dans un autre siècle ». « Ah, il y a longtemps, donc » il répond. Je dis oui et je commence à me dire qu’il va falloir lui dire que c’est mon arrière-grand-mère ou quelque chose dans ce goût-là, quand une femme arrive. Le bonhomme lui dit qu’il cherche la localisation de la tombe d’une dénommée Emma Goldman. La femme éclate de rire et me dit que le monument se trouve en fait dans un autre cimetière. Le bonhomme se détend, et je comprends que sa sévérité n’était due qu’à sa fonction et peut-être aussi un peu parce qu’il est ashkénaze. Ils m’expliquent que je dois marcher un bon quart d’heure pour rejoindre l’autre cimetière. On échange quelques plaisanteries dans une ambiance bonne enfant et j’y vais.

Je marche au bord d’une autoroute bordée par des cimetières à n’en plus finir. J’ai pas tellement la frousse des cimetière mais cette ambiance sous le ciel gris plombé, tout ça me fait penser que je préfèrerai tout de même être ailleurs.

La seule personne que je croise conduit un vélo trop petit pour lui, la capuche rabattue en travers du visage, un œil qui louche, la mâchoire tombante et la tête penchée… En fait, j’en mène pas large.

Je finis par arriver au bon cimetière et je me rends sur la tombe d’Emma Goldman et de Voltairine de Cleyre. Bon, ça c’est fait. Avec tout ce qu’ils avaient insisté, tous, j’avais fini par me décider à y aller, mais je restais convaincue que ça ne changeait pas grand chose, ni pour Emma Goldman, ni pour moi, ni même pour la santé de l’anarchisme mondial. Je prends une dernière photo du monument à la mémoire des martyrs de Haymarket, histoire de faire quelque chose, quand un type en vélo se pointe et fait pareil que moi. On se salue, on échange trois mots, puis je pars. À l’entrée du cimetière, il me rattrape et on discute. Malheureusement, je ne pourrais pas aller à son concert samedi, mais on échange nos contacts en se promettant de visiter à nouveaux nos continents respectifs et en s’émerveillant de s’être rencontré là, alors que chacun de nous pensait ne croiser personne. Aaron prend congé en me disant que c’est une merveilleuse journée que de m’avoir rencontré. Je repars en direction du métro en réfléchissant à toute l’emphase dont sont capables les américains.

En arrivant en ville, je décide de ne pas aller à la conférence que j’avais prévu d’écouter, je bois des cafés à la place et trouve un mail d’Özgür, le fougueux anarchiste turc et mathématicien qui me propose de trainer ensemble ce soir, avec au programme les meilleurs quesadillas de Pilsen, le quartier mexicain. Le petit camion propose 5 ou 6 quesadilla différentes and that’s it. On va manger ça chez Özgür et je ne sais pas pourquoi je parle du Green Mill. Il est féru de jazz et me dit que c’est un haut lieu du jazz à Chicago, célèbre pour être le bar de prédilection d’Al Capone. Évidemment, il ne m’en faut pas plus pour accepter avec enthousiasme sitôt qu’il me propose d’y aller ! On regarde quelle est la programmation de ce soir, et après un long trajet en métro, nous voilà devant la place, où un type patibulaire nous réclame 15$ sans dire bonjour et nous intime de ne pas parler pendant le concert. Le lieu est magnifique, tout est très feutré, les petites tables rondes qui occupent chaque recoin, recouvertes de leur nappe légèrement écrue, le comptoir patiné tout en longueur et la scène barrée de néons verts traçant le nom du club. Le groupe commence. Les premiers morceaux sont trop soft pour moi et la petite chanteuse française mise comme une poupée m’agace. On fait des aller-retour dehors pour fumer à toute vitesse du tabac norvégien qu’Özgür met un point d’honneur à rouler. Ce soir encore nous nous marrons bien et discutons de plein de questions politiques fondamentales. Nous n’avons pas du tout les mêmes points aveugles et c’est d’autant plus intéressant. En buvant cette bière triple canadienne que tout le monde veut apprendre à prononcer en français, la fin du monde, nous sommes rapidement souls, et il devient clair pour tout le monde que faute de fin du monde, il s’agira sûrement de passer la fin de la soirée ensemble. Comme deux adolescents nous nous tournons autour sans oser nous lancer avant de nous embrasser comme des amoureux. Après un certain temps pour nous décoller, nous rentrons chez lui en taxi, et faisons l’amour avec beaucoup de tendresse et d’attention, chacun un peu surpris de la tournure de la soirée.

 

  1. Chicago-Marseille

Le lendemain, deux heures plus tard, il faudrait une guerre pour me sortir du lit. Özgür met la meilleure volonté du monde et réussi à me lever. Après un café avalé rapidement, nous partons en direction de l’arrêt de bus que nous attrapons in extremis. Je passe à la pension boucler ma valise, et nous repartons boire un café, debout au milieu de la rue. Mon compagnon me propose de m’accompagner à l’aéroport. Le trajet est interminable, surtout lorsque je réalise que mon vol est une demi-heure plutôt que ce que je pensais. Je cours pour enregistrer mes bagages, sure de rejouer à nouveau le fiasco de l’aller et secrètement contente de pouvoir trainer un peu plus dans cette ville que j’ai tant aimée. Mais l’enregistrement est ouvert et tout se passe sans problème. Nous nous faisons des adieux qui sont évidemment des adieux d’amoureux en nous promettant de garder contact, puis je file passer le contrôle de sécurité. Comme tous les retours, celui-ci est très court, trop court pour celle qui ne veut pas revenir. Je suis contente à l’idée de retrouver le printemps marseillais et sa chaleur, mais Chicago me manque déjà. En arrivant à Charlotte, je me sens comme une américaine du nord-est qui découvrirait le sud du pays et sa nonchalance étrange. Je m’y plais peu et me sens sophistiquée. La température est meilleure.

Dans le vol Charlotte-Paris, malgré la fatigue accumulée, je ne dors pas et repense à ces quelques jours magnifiques que je viens de vivre. J’atterris à Paris au petit matin, déphasée et hallucinée, je dodeline dans l’interminable trajet en train qui m’amène enfin à Marseille. La lumière est magnifique. Malgré le froid et la fatigue que je ressens, les petits bâtiments haut de 3 ou 4 étages, de pierres noires, blanches ou grises m’apportent une joie diffuse. Je rentre à la maison, je rentre chez moi, enfin, après deux ans et demi d’errance.

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