Tu m’avais dit dès le départ que tu étais prêt à prendre des coups de griffe et je savais d’entrée de jeu que tu étais un mauvais garçon qui aimait jouer au con. Personne n’a été trompé sur la marchandise. Alors, où est-ce qu’il y a eu méprise ? Quand j’ai ressenti ton mépris, trop préoccupé que tu étais de tes états d’âmes. Quand tu as entendu ce que j’avais à te dire. Quand je suis arrivée au bout de ma patience au goût de velours. Quand tout à coup la tension est venue briser le rythme indolent de l’été et nous ramener à nos réalités propres. Qu’y a-t-il d’impossible subitement qui me remplisse d’autant de colère frémissante ? Au point que je désire te voir immédiatement pour te blesser et que je ne veuille plus jamais te revoir ? Nous avons déclenché à l’intérieur de nos personnes des déferlements de malaise, de colère, de déception, se coupant le souffle, uppercut à l’estomac, K.O. sur le rebord du matelas, dérivant dans le temps d’une nuit qui ne passe pas, où je ne sais plus si et pourquoi j’ai envie de toucher ton corps. Où je m’arme jusqu’aux dents d’une compréhension et d’une douceur qui ne m’appartiennent pas et que je déteste, pour tenter de comprendre ce qui se passe en toi. Et tu ne me réponds que par ton mépris et ton aplomb de façade. On boit des cafés pour tuer le temps, en parlant de la pluie à venir et des temps de pause qui s’achèvent enfin. Alors, ce n’était peut-être que cela, toi et moi trompant notre ennui respectif dans le sexe et les lendemains de cuite, faisant semblant de tirer des plans, plutôt mal accompagnés que seuls, à maugréer la redescente de ces faux amusements dans les éternels mêmes quartiers, mêmes gens, mêmes verres, mêmes simulacres. J’ai un goût âpre sur la langue et cette colère qui ne passe pas, cette envie de te mettre à terre et cette arrière-pensée qui me retient de le faire. À cet instant je te déteste parce que tu occupes mes pensées alors même que je sais que je n’existe qu’à moitié dans ton univers fait de miroirs et d’échos te renvoyant perpétuellement à ta condition et tes sensations immédiates. Je m’en veux de n’avoir pas saisi plus tôt qu’il n’y avait aucune place pour moi dans ton univers et de t’avoir laissé pénétrer le mien. Je me suis trompée, et mauvaise perdante, je t’en veux pour cela. Peut-être que ce n’était que la règle du jeu ? Je m’en veux d’avoir pensé que tu pouvais être autre chose que le con que tu m’avais promis être. Je m’en veux de t’avoir fait confiance et je t’en veux d’avoir joué le jeu. Je t’en veux d’être incapable de me dire où tu en es. Je t’en veux. Je suis en colère contre toi et je m’imagine des scénarios de vengeance que je ne mettrai jamais à exécution, parce que je n’aime pas jouer au con. Je suis en colère de ne pas t’avoir donné plus tôt les coups de griffe promis et d’avoir essayé encore de prendre soin de toi, je m’en veux de n’avoir pas fait plus attention à moi. Je savais que c’était la règle du jeu et j’ai accepté de jouer avec un mauvais joueur. Je savais. Et je pense toujours que j’ai bien fait de jouer. Car je préfère encore cette colère à l’absence de sentiment que tu recherches. Je préfère encore être sur la brèche et ressasser mes tourments et ma colère et mon énervement et te détester que de ne rien avoir vécu de tout cela. Un jour, il y a longtemps, j’ai décidé que je gagnerai toujours. Et je gagne encore à choisir d’assumer ma colère pour rester vivante. Seulement, seulement, j’aurais aimé que toi aussi tu m’aides à apprendre à perdre, à vivre autrement, à relâcher ma colère et à apprendre à pleurer. Mais on ne peut peut-être pas te demander ce que tu ne peux même pas t’offrir, peut-être que je tentais simplement de revivre un autre amour à travers toi et que je comprends à peine que malgré les ressemblances, tu es un autre, tu es ce que tu es, et je ne peux rien te demander de plus. Je ne peux même pas te demander de m’apprendre à ne rien te demander. Je peux seulement t’en vouloir, et ressasser ma colère entre mes dents et tenir mes distances en attendant de me calmer et d’attendre à nouveau la prochaine vie et ses prochains amours. En espérant que je saurai revenir à ce qu’une fois j’ai été. Abandonner la colère et vivre avec des gens qui aiment l’humanité. Effectivement, c’était beaucoup trop te demander.
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