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En attendant

Avec au ventre l’impression et l’espoir que tout ce malaise me nettoie et me purge, je me recroqueville sur mon matelas, en appelant à l’aide des démons imaginaires. Incapable d’apercevoir les limbes dans lesquels je suis prise, l’acidité qui me ronge le bout des doigts et tous les livres qui s’empilent aux pieds de mes rêves et que je ne lis pas, qui se rappellent à moi comme ma mauvaise conscience et toutes ces lettres que je n’écris pas, et ces mots que je n’arrive pas à prononcer, ces amis dont je ne me souviens plus, dont le visage s’efface alors que j’appelle à l’aide, que je sonne l’alarme d’un danger inconnu, inexistant, fantasmé. Je m’invente des raisons de papiers pour dénouer mes pleurs, sans succès, je dis, avec monotonie « ça ne va pas », et je pense « ça va passer », et je me force à vomir et pleurer pour expurger ce mal qui me ronge, cette boîte qui m’enferme et pour excaver mon désir et renouer avec mes mille vies.

Je ne réponds pas au téléphone, je traine les pieds pour sortir de l’appartement à l’odeur de renfermé, je donne le change en faisant bonne figure, je tourne en rond et je me recroqueville en attendant que ça passe, en priant pour que l’on soit déjà demain, déjà plus tard, mais rien ne passe et les jours se succèdent sans nouveaux effets qui me fassent dévier de la mauvaise trajectoire qui m’entraine de plus en plus vite droit dans le mur.

J’attends que se produise je ne sais quel événement magique qui me transporterai ailleurs, dans d’autres soucis, d’autres angoisses, d’autres vies et je rumine en attendant mes souvenirs de moins en moins réels et je raconte mes rêves comme un pansement sur une jambe de bois. Je délire sans me dérider, je tourne à vide et je ne trouve pas comment dire, je ne trouve pas le moindre début d’explications à mes fantasmagories, je suis aveugle à moi-même et absente au monde. Je souffre de cette absence et suis tournée en moi-même, me projetant dans mon esprit, me jetant à terre, sans rien en penser, juste éprouvante, épuisée, sans raison, sans réconfort.

Mal qui me ronge et que je tente de projeter sur les différents objets de ma vie du moment. Sur quelqu’un, sur cette ville, sur ces amis, ce travail, cet appartement, ce quartier, un rien me va pour en faire la cause de tous mes malheurs, le temps de quelques heures. Mais il suffit d’un peu de délai pour que tout soit rongé jusqu’à l’os et je m’aperçois bientôt que tout n’était que prétexte à nourrir mon aigreur, et qu’il reste encore le cœur du sujet auquel je ne me suis pas attaqué. J’épuise tous mes jokers, je fatigue mon entourage de mes orages injustes, je brûle toutes mes cartouches sur des épouvantails qui ont bien raison de s’enfuir aux premiers signes de la tempête.

Je reste seule, implorant l’aide d’inconnus à venir, dont je ne connait pas le visage. Je reste seule avec mes fantasmes malsains et mes envies meurtrières, je reste seule sous le ciel d’hiver à contempler dans des hoquets de sanglots les branches nus des arbres gris, minée par le venin de la colère et du malaise, de la tristesse, comme en proie à toute l’animalité que j’ai toujours rejetée, ne maintenant plus de barrière entre moi-même et ma folie, en prise aux délires et aux inconsciences. Je suis des rails qui entrent dans des tunnels, sans oser sauter du wagon. Plutôt, je m’accroche au siège et à ma frayeur, en serrant les lèvres, en disant « en attendant ».

1° décembre 2013

Posted in Les passions imaginaires.