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Femme fatale

Si tout était à refaire, alors je serai femme fatale. J’aurais des cheveux noirs et de grandes boucles de fer, un nez arqué à faire frémir les démons et des habits de terre pour séduire Tantale. Je porterais des créoles, des sabir, des jargons. Je prendrais à bras le corps la société toute entière en buvant du mauvais gin de contrebande. Je signerai des formulaires pour les offrandes avec mon sang et mes viscères.

Je travaillerai ma majesté comme un dégomme un royaume et je jouirais alanguie du temps des femmes et des hommes. J’étriperais des mouches dans des éloges à Ba Jin et je crierais d’interminable shaggas verte en Chine. Je lancerais des couteaux les mardi soirs, et me recroquevillant meurtrie au fond des lavoirs, je soûlerais les dieux comme de vulgaires piliers de comptoirs. Me glissant dans leurs draps j’immiscerais l’amorce de la marche à rebours et des idées retorses.

Je vivrais dans un taudis aux murs criblés de balle, je forniquerais avec les sorcières cannibales, j’inonderai de jurons les paisibles sources de la tiédeur pour les réduire sans remords aux parfums de l’aigreur.

Je fouillerais les entrailles de tous les militaires et boirais leur sang comme on rase des villes entières. La puissance de ma voix écorchée fera taire les partisans de l’artefact et la vermine pénitentiaire, et verra s’écrouler les murs des prisons et s’enfuir de l’enfer les amants illégaux.

J’aurais comme totem des instruments métalliques cousus de fil bleu, tissés de soie maudite. Je brûlerai le torchon et je brûlerai les armes pour me rendre, inédite, dans les limites exsangues des déserts arctiques prêcher aux invisibles les cent une malédictions du ceci, du cela et de l’indistinction. De la fumée de mes incantations s’enfuiront les derniers remparts de la raison. Je dissoudrai les incarnations qui incarnent les dernières nuits noires de ma passion.

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