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Hong Kong semaine zero

Dimanche 11 décembre 2011

Pour commencer, il y a la mer. Le port dans la passe qui coupe la ville en deux et où l’on peut traîner, le jour et la nuit. Puis, à terre, c’est une ville plutôt moche, dont la poésie ne peut qu’être post-exotique, effectivement. Les immeubles dégueulasses, tout est trop grand, les odeurs trop fortes, les nourritures trop relevées et les boissons nauséeuses. Mais malgré tous les effets d’annonce il y a quelque chose qui n’est pas triomphant dans tout cela. Comme si l’urgence du quotidien réduisait le triomphe de la réussite à tout crin. Et il faut tout prendre, tel quel.

Ce ne sont pas seulement les gratte-ciels qui stratifient la ville, tout est superposition. D’abord par la langue. S’adresse à qui doit s’adresser chaque message et tant pis pour le passant. De même pour le chic et la breloque. Guère d’endroits pour s’arrêter, pour stopper, pour regarder. Tu peux t’arrêter pour manger, pour boire, pour acheter, tu peux marcher, faire demi-tour, essayer tous les moyens de locomotion, mais ne t’arrête pas, surtout ne t’arrête pas. Seul le mendiant te parle, dans des dialectes ésotériques, désignant des choses de toi, qui te resteront à tout jamais interdites.

La promiscuité est établie, consommée. Ne mets pas tes mains dans tes poches, ça prend trop de place. On se faufile, on devient souris. Cela vaut pour toute l’humanité. Et sur tout cela, une structure à plaquer. Gestion sanitaire, distribution de masques et panneaux de recommandations médicales. Sonorisation maximum, même les escaliers mécaniques te parlent, tout sonne tout le temps, plus ou moins rythmé, plus ou moins aigu, mais le bruit de la ville en permanence, qui t’assèche la gorge, où la fumée des cigarettes ne rentre plus. Les clignotements, enfin, dans des couleurs criardes, criantes qui affichent dans tous les alphabets des consignes, des publicités, des mises en garde, des recommandations, des noms de marque et d’enseignes, l’heure, la direction, des injonctions…

Le soir, quand la nuit tombe, et que tu regardes la ville de plus loin, les couleurs s’atténuent pour laisser place à un jaune chaud qui trouve écho de fenêtre en fenêtre pour dessiner la ville entière, que tu ne pourras jamais apercevoir complètement. Du jaune, parfois un peu blanchi, qui se niche dans tous les recoins de béton, partout où ton regard se pose, qui adoucit toute la violence de la journée. Une ville tenue à l’électricité.

Et boulonnée à l’électronicité. Pas un bâtiment où il ne faille biper une carte, un badge, un passe. Que ce soit pour désamorcer les barrières métalliques et tourniquets ou pour obtenir le consentement implicite d’un gardien qui n’est jamais le même, de qui tu extrairas au mieux un bonjour, mais qui déclarera forfait à la moindre tentative de continuer à communiquer.

Une odeur de poulet mort flotte dans les ruelles, parfois destituée par des odeurs de sucreries douceâtres. Aujourd’hui, j’ai failli vomir en acquiesçant dans un fastfood pour un brew-tea, dont l’amertume n’avait d’égal que l’épaisseur.

Aujourd’hui, je suis entré dans un immeuble qui ne m’était pas destiné. Un peu effrayée en arrivant devant le 739 Nathan Road, qui n’existait pas. J’optais par dépit pour le 740. Une volée de marche amenait à passer devant un magasin dont l’objectif n’était pas très lisible. Je devais me rendre à l’appartement 8A. L’ascenseur, comme tout l’immeuble, était branlant et fait d’un métal dont les mines ont du disparaître depuis plus d’un siècle. La crasse recouvrait tout, même les fissures. Je considérais un instant les escaliers plongés dans la pénombre et craquelés, avec leurs petits carreaux d’émail rose. Puis je me décidais finalement pour la mécanique, quelque soit son âge. L’ascenseur arriva dans des craquements repus. J’entrai dans une boîte exiguë qui se referma sur moi, avant que j’ai eu le temps de me demander si j’avais fait le bon choix. Ici, je n’étais pas dans la strate qui m’attendait, si jamais il y a une strate qui m’attende. Arrivée au 8°, j’ouvre doucement la porte et me retrouve dans un hall. Les fleurs en pots qui sont là me rassurent un peu, sans que je sache trop pourquoi. L’appartement A est décoré de chats pleins d’embonpoint en plastique qui lèvent la patte en souriant. La strate se solidifie, aucun alphabet ici que je puisse décrypter. Je fais marche arrière, un peu déçue. Je savais pourtant que je n’étais pas au bon numéro, rien entre 738 et 740. Mais, va savoir pourquoi, à cet instant, il ne m’a pas traversé l’esprit, que le 739 pouvait être sur l’autre trottoir. C’est comme s’il fallait que ce fût là, dans cet immeuble pourri, inconnu et un peu effrayant d’être si branlant. Je suis ressortie triomphante d’avoir eu le cran de prendre cet ascenseur.

La nuit est tombée. La lune est d’une rousseur fabuleuse, elle est proche et gonflée. Un peu idiotement, j’essaie de la prendre en photo. Ça ne donne rien. Ce sont les lumières de la ville qui parlent à l’appareil. La lune reste pour les yeux seulement.

Derrière tous ces immeubles plus ou moins délabrés, plus ou moins décorés, clignotants, allumés, jouant au plus haut, il y a une poésie qui a l’air de se tenir bien cachée entre la mer, la lune et les montagnes qui entourent Kowloon.

La mer s’est vidée de ses gros cargos et de ses petits voiliers. A moins qu’ils ne soient simplement plus éclairés, et que cela suffise à les rallier au néant, dans cette ville-lumière.

Il reste fort parier que tout ceci n’est que le hall d’entrée d’une ville que je n’avais jamais imaginé.

 

Lundi 12 décembre 2011

Il faut que je trouve du café. Il n’y a partout que de la lavasse brunâtre, du soluble, des cafetières électriques. J’en bois des litres chaque jour sans qu’il ne se passe rien.

Il faut que je trouve un oreiller pour rester à l’écoute de mes rêves et de mes cauchemars, lorsque je remue sur ce matelas trop dur. Painfull back.

A chaque fois que je m’éveille, je passe quelques minutes assise sur le rebord de la fenêtre à contempler le soleil qui se reflète tant dans la mer que sur les buildings. De ces trois éléments, j’essaie de voir qui a l’avantage. Je n’ai pas encore réussi à départager.


Aujourd’hui, j’ai acquis la certitude que j’allais mourir de faim, ici, à Hong Kong. Je ne peux rien avaler de toute cette nourriture gluante, à la fois douceâtre et piquante, toujours un peu sucrée.

Premier contact avec le monde du travail, il faut des cartes pour tout : une carte pour la salle des photocopieuses, une carte pour entrer dans la résidence étudiante, une carte pour ouvrir la chambre, une carte pour la bibliothèque, une carte pour retirer de l’argent. Cela fait à peine 48h que je suis là et j’ai déjà 5 cartes qui me remplissent les poches. Tout est très facile quand tu as de l’argent. Tu payes à chaque fois qu’il faut payer et voilà tes principales interactions sociales. Ici, les gens qui travaillent ont des gestes saccadés, d’une rapidité et d’une exactitude effarantes. Le campus, que je trouve géant, semble petit aux personnes qui le fréquentent. Les buildings ont des noms comme « Sir Gordon Wu Wai ».

Ce matin, je fumais une cigarette sur la parvis, et une gardienne est sortie en courant et en criant qu’il ne fallait pas fumer ici avec une urgence qui m’a laissée pantoise. J’ai demandé où alors. Dehors, dehors, a-t-elle crié. Mais c’était déjà dehors. Pour ne pas la contrarier, je suis allée sur le trottoir. Il y avait un petit parc aménagé, je me suis assise sur un banc pour finir cette cigarette et boire les deux cafés que j’avais commandés dans un élan d’espoir. Raté, c’était deux cafés au lait et du sucre à l’aspartame. Il n’y a que les vieux qui s’assoient dehors. Il y a très peu d’endroits pour stationner. La rue est faite pour passer.

Ils m’ont enfermés dans un bureau. Figurément, bien sûr. Je suis partie vers 19h30, pas mal travaillaient encore. On n’y entend que le bruit des claviers qui résonnent, et un téléphone qui émet une ou deux sonneries toutes les dix minutes, va savoir pourquoi. J’ai tenté de dire au revoir, mais leur tête concentrée m’a découragée.

Dans l’ascenseur, j’ai fait des grimaces au miroir, mais c’était sans compter qu’à tout étage des gens montent et descendent, j’avais l’air fine…

Je crois que j’ai trouvé un des rares trucs au monde qui me fasse fermer ma gueule. Ça s’appelle Hong Kong.

J’ai tenté de fouiller la cybernétique du HK underground, pas très reluisant. Des européens font de la musique aseptisée dans des clubs qui se disent rock’n roll pour être branchés. Comme ailleurs, en somme.

Du côté de la fac et du métro, les gens me regardent moins étrangement, moins comme une étrangère. C’est plus dilué. Mais je fais toujours des choses qui n’ont l’air évidente pour personne. Lire un livre sur une marche, traverser pour aller regarder un immeuble colonial, mettre mes mains dans mes poches, ne pas attacher mes lacets. Le regard accusateur des gens quand tu n’es pas dans les clous est très fort, même quand de manière évidente, tu ne fais pas exprès.

En montant, la lune blanchit. Comment savoir si ce sont les mêmes fenêtres qu’hier qui sont allumées ? Il y en a tellement que ça n’a pas de réalité.

Je me suis dit, en rentrant, que je ne devrais pas écrire tout cela, que tant que je l’écrirai, je serai encore de passage. Que si je voulais comprendre, il fallait lâcher tout ça et arrêter de regarder l’étrange pour m’en familiariser. Mais tout ça me saute tellement au visage. Je verrai plus tard.

Le chemin qui relie là où je dors à là où je travaille commence par une passerelle, très très longue, il faut marcher une dizaine de minutes en traversant les voies, bien au-dessus du sol et puis c’est le métro, enfin les sous-sols du métro pendant une distance à peine plus courte. Là, j’ai vu des mecs qui avaient l’air de tenir le mur. Ça m’a rassuré d’imaginer qu’il y avait des voyous, mais je ne suis pas sure que c’était le cas. Parfois j’entends des sirènes, mais je n’ai rien vu, encore.


Dans le journal : des chirurgiens ont extrait une brosse à dents de l’estomac d’une femme, qui l’avait avalé un mois plus tôt alors qu’elle était ivre.

 

Mardi 13 décembre 2011

Je n’ai pas encore vu une seule femme fumer.

Il y a deux horoscopes dans le journal.

Il n’y a pas de fenêtre dans le bureau. Peut-être derrière les stores jaunis déglingués, là-bas au fond de la pièce, mais je n’en suis pas sure.

Aujourd’hui une fille est venue me parler en commençant par me dire qu’elle était timide.

 

Jeudi 15 décembre

Tant que j’écrirai des choses sur cette feuille, ça n’ira pas.

Cette ville est fortement antipathique. Ce que j’ai pris d’abord pour de la sympathie est en fait une absence de violence immédiate.

En réalité, tout est surcontrôlé, planifié, agencé, tenu en laisse. Les panneaux d’interdiction saturent l’espace visuel. Et les pauvres nettoient, avec leur masque sur le visage, pendant que les riches passent.

Aujourd’hui, une femme qui me tendait un journal en chinois s’est excusée.

Il n’y a pas d’endroits pour rester dans la rue. Nulle part où s’arrêter. Tu t’arrêtes quelque part pour manger, boire, travailler, dormir. Faire quelque chose. Il n’y a rien de sauvage dans la ville. Les fleurs sont tellement là pour être jolies que tu ne peux les voir qu’en arrière-plan de la bretelle du périph.

Les gens qui font les boulots de merde parlent très peu anglais. Quelques mots pour les échanges de base. Au-delà, ils s’excusent. Conjugué à mon accent catastrophiques, cela donne des salamalecs d’excuses interminables de part et d’autre, et je repars généralement bredouille.

Je crois que toutes ces choses que je lis sur l’identité ont fini par réussir à sortir des livres pour venir me percuter, mais ce n’est que ce matin que je l’ai réalisé.

Cela fait des jours que je me questionne, avec ce que je suis, ce qui me construit, ce par quoi je me définis. Les autres et moi. Moi et les autres. Est-ce que ça a un sens d’être anarchiste ici ? Est-ce que j’ai besoin que ça ait un sens là où je suis pour l’être ? Est-ce que c’est grave si je ne le suis pas ? Est-ce que ça un sens de chercher la scène punk ? Par quoi est-ce que je peux passer d’autre ? Dans quelle mesure mon statut d’européenne blanche bien habillée prend le pas sur ce que je peux être d’autre ? Dans un premier temps, suis-je autre chose ? Est-ce que je me définis seulement en fonction des autres ? Est-ce que j’ai envie de le faire ? Est-ce que les autres, c’est les autres de là-bas, les autres d’ici ? Hier, j’ai vu un mec en creepers, ourlets et perf. Je lui cours après dans un tunnel pour lui demander s’il est punk ? Il reste étonné et me réponds en rigolant : « Style. This is only style ». Qu’est-ce que je cherche ?

Je lis des choses sur le postcolonialisme tout en me demandant ce que ça peut bien signifier, que je m’intéresse à ces questions-là, ici. Et pourtant, je veux la comprendre pour comprendre où je suis. Je ne peux pas arriver et plaquer mes cadres de pensée, tels quels. Et pourtant, c’est visiblement ce qu’on attend de moi ici. Je suis incapable de rédiger le moindre projet de recherche. C’est pourtant ce que je dois faire pour demain.

Je ne peux pas arriver et plaquer sur ma pensée les cadres de pensée d’ici.

Ma grande question en ce moment est : qu’est-ce qui a du sens à tel endroit ? Si j’avais déjà rencontré la question théoriquement, c’est la première fois qu’elle s’impose à moi de façon si brutale. La moindre chose qui se produit renvoie à la question de la signification. Il n’y a rien d’évident dans ce qui m’entoure. Mais rien d’évident non plus dans mon désir. Ce que je veux faire, ce que je veux être, ce que je veux penser.

Parfois pour m’aider, je fais comme si j’étais seule au monde. Et ça n’a pas de sens d’être seule au monde. De toute façon.

D’un autre côté, je n’ai pas d’interlocuteurs ici. Pas encore. Il faut que j’apprenne à me situer en fonction de ce que j’ai été, de ce que je suis, et de ce vers quoi je tends à être. Je ne veux pas m’enfermer dans des postures, en même temps je ne peux pas faire comme si j’étais vierge de toute histoire sociale. Là non plus ça n’aurait pas de sens.

C’est un peu le bordel.

 

Vendredi 16 décembre 2011

Hier, j’ai vu un mec frauder le métro. Qu’est-ce que ça m’a rassuré.

 

Samedi 17 décembre 2011

Hier m’a encore apporté un tas de sources d’étonnement. Le métro est un endroit complètement surprenant. À côté des distributeurs de cannettes, il y a des distributeurs de cartouches d’imprimantes… Les panneaux de publicités qui saturent l’espace (sonore et visuel, télé, panneaux, voix, …) sont désagréablement familier. En bas à gauche un discret encart rectangulaire indique « JC Decaux ». Tu attends le métro. Tu as passé un quart d’heure à te faufiler dans les couloirs et les escaliers mécaniques, à tenter de t’orienter entre le clic qui signale les escaliers aux aveugles, les consignes audio des escaliers mécaniques, les télé d’appoint, les panneaux publicitaires au mur. Tu arrives enfin là où tu peux attendre la rame. Ce sont des rames automatiques, qui sont séparées du quai par des parois de verre. Sur le mur opposé, des publicités fixes et animées, que tu es obligé de regarder en attendant le métro. Et ces panneaux sont souvent les choses les plus immédiates à déchiffrer, un déodorant, un nouveau complexe immobilier, un produit pour les enfants, un spectacle… Les gens échappent peut-être à ce matraquage pour se réfugier dans leur smartphone. Pas une personne dans le métro qui ne soit collée à son iphone, écrivant des idéogrammes-sms, lisant un manga ou faisant dieu seul sait quoi, autrement dit pas grand monde. Il n’y a que les vieux pauvres qui n’en ont pas. L’autre jour, j’étais assise à côté d’un mec pauvre, le bras dans le plâtre, sont odeur de crasse m’a rappelé l’humanité au milieu de la suraseptisation, entourée de toutes ces personnes masquées, qui se protègent, qui font du monde un environnement hostile et périlleux, qu’ils faut distancier de sa propre chair. Cette idée me met terriblement mal à l’aise. Tout est tellement absurde. Quand tu descends des escaliers, tu dois rester sur la gauche, inversement quand tu montes. Tout est tellement absurde.

Je crois que je saisis beaucoup beaucoup mieux que n’importe où auparavant cette métaphore qui parle de capitalisme galopant. Il y a quelque chose de palpable de ce galop, ici. Mais tu as presque l’impression que tout le monde en fait trop, c’est un peu sur-joué. Cette théâtralisation donne un sentiment d’irréalité. Ceci n’est que la façade, et la vraie vie se joue hors scène, à coup sûr… Et bien pas si sûr…

Je regarde pas mal les jeunes lycéens ou étudiants qui se trimballent en grappes. J’imagine qu’ils se racontent les derniers trucs à la mode, où ce qu’a fait machin, hier matin, où encore ce qui les inquiètent dans le monde à venir. Ce qui est frappant, c’est qu’ils sont assez sereins vis-à-vis de leur entourage physique immédiat. Ils peuvent trainer dans un coin de couloir, avec leurs petites socquettes et leurs jupettes à carreaux d’uniformes lycéens, en gloussant sur leur iphone, sans – visiblement – imaginer une seconde se faire brancher par un voyou moyen. À Hong Kong les voyous sont invisibles. Et je prends en pleine face, ce que ça change dans une ville. La seule force, c’est l’état. Les voyous sont un contre-pouvoir de l’immédiat. Pas la mafia bien sûr, rien de méchant. Mais dans la rue, tout est à jouer. Ici, il n’y a rien à jouer. Tu ne t’arrêtes pas. Si tu t’arrêtes, tu t’emmerdes. Il n’y a que le contrôle des caméras et des agents de surveillance. Tu n’as pas a évaluer la situation ; jamais.

La salle punk locale est paumée dans un quartier en sac de noeuds, j’ai marché 2h hier soir dans toutes les ruelles les plus sordides du HK underground sans succès. À force d’écumer les rues, j’ai fini par entendre de la musique bruyante dans les étages, j’essayais de voir d’où ça venait, c’était sur une sorte de gros périph super chaud à traverser, et à chaque fois que je passais sur le trottoir d’en face, on aurait dit que la musique venait de l’autre côté, elle résonnait sur les immeubles qui dessinaient un couloir étroit et haut. C’était dément! Finalement, à force de rôder autour du bruit, j’entre dans une ruelle, mur ruisselant de crasse, camion benne d’un autre siècle, gravats, néons clignotants, baches déchirées et trottoir défoncé et de fenêtres de prison le tout dans une pénombre épaisse et gluante. Le tout en face d’un terrain vague clôturé de barbelés rouillés, of course. J’avais vraiment l’impression qu’une créature sortie d’un roman de Volodine allait me sauter à la gueule ou m’attraper le pied. Et toujours cette musique qui résonne, je longe les murs en me disant qu’il y a forcément une porte. En vérité, c’est tellement glauque que ça fait quand même un peu peur. Finalement, je pousse une petite grille métallique. Pas d’ascenseur (ça n’arrive jamais ici, tout est en hauteur). Je monte les escaliers, guidée par le son, et j’arrive dans un couloir d’immeuble, sur une porte, un petit panneau open, des chaussures au sol et une sorte de posthardcore qui fait trembler les murs. je tape, pleine d’espoir. Raté, c’était un local de répèt… où les types m’ont gentiment dis que c’était pas là sans que j’ai le temps d’en dire davantage.

 

Jeudi 22 décembre

Hier, j’ai cueilli une fleur dans la rue et un type m’a grondé.

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