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Incompréhensibles

Coups de gueule et éclats de rire.
On a le sang chaud.
Incompréhensibles.
On réagit au quart de tour.
Et tant pis si c’est pour se faire casser la gueule.
Personne ne comprend pourquoi on s’agite autant.
Pourquoi on brûle nos dernières cartouches aux flammes des coups de sang.
On récupère et on sourit.
On casse des verres et tout ce qui s’oublie.
Marre de sourire. Et pourtant.
Suffit de sortir pour montrer les dents.
Sortir du trou, sortir du coup.
On se la pète et on donne tout.
A qui ? Non pas à toi.
Pas à toi qui regarde, qui contemple sans bouger.
On donne tout à qui le prend.
Et je te tiens gage de le récupérer.
Ce que l’on donne, c’est la mise minimum.
Surenchérit. Rajoutes-en des tonnes.
Prends-toi au jeu du spectacle-minimum.
Sur les planches du bar comme sur la scène
Pour qu’on t’entende, faut que tu t’démène.
Parce que tout le monde gueule.
Mais si c’est silencieux, faut secouer tout ça.
Le contemplatif, très peu pour moi.
Pour réfléchir, faut que j’m’enferme.
Faut que j’écrive ou que l’on mène
une discussion à bâtons rompus.
Coups de baston, à coups de picon.
À coups de pied au cul.
C’t’à qui aura le plus beau jeu.
Le plus beau vers à qui mieux mieux.
Et si tu gagnes, r’mets ça fissa.
On est mauvais perdants et on aime ça.
Mauvaise foi à couteaux tirés.
Pas d’église du fier parler.
Qu’il ne se passe rien ou que ça soit le grand soir, tu peux compter sur moi pour t’en faire une belle histoire.
Pour rire aux éclats ou prendre une frayeur.
Tu peux passer par tout état, mais qu’la chaleur que je mets à te raconter t’fasses un coup d’électricité.
Que tu me coupes la parole en mille morceaux pour cracher à ton tour un plus beau tableau.
Parle-moi des paysages qu’on a jamais vu.
De ce que tu détestes et de ce que tu aimes sans l’avoir connu.
Invente des histoires sans en connaître la fin.
Parle-moi du chien qui a vu dieu et raconte encore.
Emporte-toi et moi avec.
Qu’on voyage autour d’un verre dans de grands gestes brusques qui font peur aux passants.
On s’énerve pour un rien.
On se traite comme des chiens.
Puis on s’embrasse.
On a le sang chaud.
Incompréhensibles.
Compte sur personne et marre toi bien.
Sors ta réplique au bon moment.
Des bousculades pour gage d’être là.
Des engueulades pour resserrer.
Pour que ça s’entrechoque.
Et qu’y ait un peu de toi à moi qui passe.
Pour que je te connaisse.
Pour que je t’embrasse.
Pour qu’on se déteste et qu’on sente passer dans nos gueules la descente du rock’n roll en train de flétrir.
Pour qu’on se sente vivant pour plus de mille ans.
Pour qu’on oublie tout le merdier.
Incompréhensible.

Posted in Alcool, Les passions imaginaires.