Quelque chose d’obscur me dévore les entrailles.
Enfin, je dis ça, c’est une image, bien sûr.
Ce n’est pas une bête grise, verte et prostrée qui mange. Avec de grandes dents pointues. Évidemment.
Pas une créature qui mugit la souffrance du monde dans des fréquences si basses que tu en frissonnes. Non, bien sûr.
Ce n’est pas non plus un liquide visqueux qui parcourt mon ventre, laissant des traces tièdes là où il est passé. Une circulation de fluides complexe et sinueuse qui creuse doucement ta chair. Ce n’est pas ça.
C’est plutôt quelque chose d’un peu sinistre et sans couleur qui vagabonde. Un truc qui traîne dans la rue. Que t’attrapes devant un immeuble vraiment moche. Un truc un peu comme ça. Un peu effrayant, un peu affligeant, qui t’encombre.
En fait, je pense qu’il faudrait que je l’enlève de mes entrailles et que je le pose sur la table de ma cuisine, ou sur mon bureau. Non, la table de la cuisine, ça fera l’affaire. Comme ça, il restera là le temps que je me ballade un peu, que je lise deux, trois bouquins. Quitte à le reprendre après, d’accord. Qu’il meure pas de faim.
Ça ferait une tâche sombre dans ma cuisine. C’est dommage parce que c’est bien quand le soleil tape au carreau.
Je vais plutôt le laisser dans mes entrailles.
En fait, je pense que c’est mon cœur qui bat et qui fait tant de bruit. Faudrait pas le laisser sur le carreau…