Skip to content


Mentir

Un pistolet braqué sur mon imagination, je me tiens droite. Les lèvres closes, le corps désirant, et les images du passé surgissant, je vacille en donnant le change, je me concentre sur la réalité, je me force à me laisser porter, je passe les portes du trop tard, sans regarder en arrière. Les yeux fixes, grand ouvert, le souffle court et la corde autour du cou, j’irradie d’ignorance, je me méconnais avec joie, je choisis la mauvaise voie, par principe et braquée, j’attends de constater les dégâts pour tirer le portrait des vainqueurs dans ma ligne de mire. Trop pute pour y croire vraiment, trop détachée pour m’en foutre, je me roule dans le stupre des sous-cultures qui m’écœurent, faute de mieux, faute de goût, faux pas pour me rattraper, ne compte pas sur moi pour tenir le haut du pavé. Pas cette fois, pas de côté, je titube en fronçant les sourcils, dans l’ironie du premier degré. Mauvais sang, mauvais pas, je m’en tire à coup de surprise, en coup de sang, je dérape, m’illumine puis m’écrase, me relève sans trêve et sans reproche ou presque, je décroche, uppercut, je reproche aux plus proches leurs amorces et leurs coups de dents, leurs morsures brûlantes, leur insouciance que je feins de ne jamais connaître. Donner le change, reprendre la marche, faire semblant, faire mille fois, à nouveau, rejouer tous mes jetons, tout miser et me retrouver au tapis, dépouillée, haletante, sonnée, le mors aux dents et le mot sûr, imprégnée d’une épaisseur imaginaire, moite et pantelante, heureuse de perdre, heureuse de mettre encore une fois ma vie au clou de la potence, de parier et de faire monter le jeu, sans rien avoir dans les mains, pas une figure, pas un atour qui ne se fassent le vautour rôdant autour de ma carcasse agitée. Que de la gueule, annoncer, faire marcher, mentir et me retourner avant de m’allonger et de croire à mes propres mensonges avec la crédulité d’une étrangère à moi-même, présentant les milles figures démasquées du travestissement des tricheurs. Vulgaire, trop vulgaire, on me laisse jouer les fiancées du dépaysement, et encore une fois, je fais semblant d’avoir déjà tout perdu, encore une fois, je fais semblant de croire aux histoires que je raconte les soirs de déboires et recommandent les offrandes à cette ville qui me rend folle et m’excite, qui me fait jouir les jours impairs et agonir les jours de pairs, me jeter contre les murs des cellules que je bâtis comme des chimères pour revenir sur le devant de la scène, le front ensanglanté et les coudes et les genoux écorchés, hors d’haleine, hors de propos, me figurant être une prosopopée pour déclamer des tragédies éculées sur le sens de la vie que les passants continuent, sans que j’ai jamais su pourquoi, à écouter.

Posted in Les passions imaginaires.