Mes doigts sont douloureux, et les gants trop épais m’empêchent de manier le stylo correctement. Mais en allant doucement, en prenant garde aux lignes et aux courbures, j’arrivent à tracer péniblement quelques mots. Alors, malgré tout, je vais écrire.
Je m’applique. Je voudrais tirer la langue et en mordre le bout pour m’appliquer mieux, mais j’ai peur qu’elle gèle, alors, je garde mes lèvres bien fermées et je respire par petits à-coups. Et je vais faire de mon mieux.
J’ai marché à travers la forêt pendant tout l’après-midi. Puis la nuit a menacé de chuter et j’ai trouvé cette cabane. En grattant la neige, j’ai vu au carreau qu’il n’y avait personne. Alors, je suis entré. Je me suis endormi aussitôt d’un sommeil lourd et peut-être réparateur, mais ça je n’en suis pas sûr. J’ai rêvé d’une autre partie du monde, sans que je sache bien laquelle, et à mon réveil, impossible de savoir dans quel pays je me trouvais. L’absence de lit et de couverture, la température extérieur, l’absence d’autres corps humains et de sons, tout cela aurait du immédiatement me renseigner, mais il me fallut plusieurs minutes pour recouvrir la raison et me rendre à l’évidence. Je ressentais encore les effets de changement de continent et d’horaires conséquent. Je me forçai à m’éveiller complètement et pénétrai l’extérieur épais pour reprendre le cours des choses. Devant moi, l’immensité blanche me rendait aveugle. Non pas qu’elle m’aveuglait, mais rien ne se distinguait qui puisse être perçu par la vue. Dans cette obscurité inversée, je m’habituais lentement aux légers reliefs pour enfin apercevoir des traces, un peu au fond.
Rien de mieux à faire, j’en fis mon objectif. Et il était lointain. Sous un ciel probablement boréal, je me transformais en point minuscule, laissant derrière moi de petites traces de pas, le filet de bave d’une limace qu’aurait pu observer de sa fenêtre une petite vieille toute en noir si elle avait pu exister.
La soif ne fut pas longtemps un problème. Je mâchais un peu de neige et voilà que j’étais satisfait. Cette indistinction entre solide et liquide me rappelait vaguement quelque chose, mais impossible de retrouver quoi. Pour se nourrir, cela devint rapidement plus compliqué. Aucun de ces petits insectes que je m’étais habitué à gober. Sûrement qu’en creusant au pied des arbres, là-bas au fond, j’aurais trouvé quelques pourrissures de champignon. Mais c’était la direction inverse de celle que je m’étais fixée, et je résolus que si je commençais à changer de cap à chaque injonction corporelle, on en aurait pas fini. J’ai donc rangé ma faim dans ma poche en attendant des jours meilleurs.