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Réduire le poids du chariot

Réduire, réduire le poids du chariot, et graisser les roues. Il faut absolument que j’y pense ce soir ou demain matin. c’est la centième fois au moins que je me répète ces consignes, mais aussitôt lâché mon chariot, tous les impératifs techniques quittent mon esprit en courant et rien à faire. Et chaque lendemain, je peine à nouveau à tirer ce chariot, à pousser à ahaner à maudire les poubelles et leurs responsables. Sur Ma Tau Wai, je buttais encore sur le trottoir, et le bus 26 menace de me chavirer si je n’accélère pas la cadence. C’est passé de justesse. Une cannette de soda a roulé dans le caniveau, je l’ai réintégré et continué mon chemin.

En rentrant, je prendrai une douche. Une douche glacée pour me déganguer de ma sueur accumulée. Je grimperai les 7 étages, en passant devant la porte noire du 6° qui abritent les cages, et je filerai sous la douche pour longtemps. Pas la peine d’allumer le chauffe-eau, juste l’eau froide, qui coule sur mon dos. J’ai jeté mes habits de travail par terre. Et ça fait un tas bleu et jaune et sale. Quand je sors, je suis quelqu’un d’autre, un autre visage, une autre silhouette et, souriant bêtement de ma propreté, je pars chercher quelques habits dans la penderie. Je me renifle, et me satisfait de ces odeurs cosmétiques. Ce soir, je voudrais bien sortir. Je vois les étudiants en route pour l’île, ils se sont préparés, ils sont tous propres eux aussi. Mais je n’ai aucune envie de traverser la passe, je me dirige plutôt vers Tsim Sha Tsui. Depuis Sham Sui Po, ça ne fait pas si loin, mais j’ai du m’assoupir après la douche, il est déjà 9 heures quand j’arrive. J’avale une soupe aux 6 ingrédients sur un tabouret et me dirige vers le whale. J’entre et ça sent la cigarette, et le jeu électronique de fléchette hurle des scores minables. Yat est là, en train d’observer le menu. Comme d’habitude, il va pour un cocktail. Comme d’habitude, je m’assois à sa table et je prends une bière. Ensemble, nous louchons sur les snacks et autres fritures. La discussion, comme toujours, est longue à démarrer et devient intéressante au bout d’une trentaine de minutes. Tout en entamant notre quart d’heure de politique, Yat demande des dés aux serveurs et nous voilà pariant en imaginaire pour entrecouper de chiffres ses constats sur la situation actuelle, plutôt mauvaise comme il se doit.

Hier, Hu Jintao a paradé dans les rues au son des canons de feu d’artifice, et ça grinçait des dents dans les ruelles, je peux te le dire, est-il en train d’affirmer en pariant sur cinq 6.

La table à côté de nous a commandé des frites au cheddar et on grappille quelques odeurs. J’essaie de le suivre tant bien que mal dans ses maugréments d’évidences. J’ai envie de quitter la ville. Je le lui dis. Comme lui non plus ne travaille pas jeudi, on convient d’un rendez-vous pour jeudi pour partir dans les nouveaux territoires. Il fait déjà chaud, mais en allant du côté de la mer, on devrait respirer. Sai Kung, ce sera parfait. Alors on se retrouve à Sha Tin, ok ? ok.

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