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Transition

À la sortie du tunnel de chaque voyage, ce moment d’aveuglement qui me déboussole et me fait vaciller. L’arrivée comme un choc brutal, un atterrissage forcé qui se répercute dans mes os et absorbe toute leur plasticité. Le retour dans le petit appartement, le café à l’italienne que je ne sais plus faire, me remémorer doucement du plan du quartier et des jours de marchés, passer quelques coups de fil, quelques projets. Perdue, désorientée, perte de l’orient et de la densité de cette ville restée à l’est où j’irradie et je navigue sans plus de peur, sans plus de brouillage de mes ondes et de mes pensées. Retour douloureux à la familiarité, à la régularité et à un ennui programmé, fantasmé, créé de toute pièce par mon esprit embrumé. Perdue dans le temps et l’espace, décalée, en essayant de me forcer à être à nouveau ici, alors que je suis à là-bas. Je programme, j’élabore, je tonitrue des plans d’attaque pour mettre échec et mat les abysses géographiques qui me sidèrent et me terrassent, toujours.

Je suis là, je dois à nouveau réapprendre à être ici, je connais cette douleur, ce sentiment de perte, et le souvenir chaud et bouillonnant des moments de l’intensité vécu seule là-bas, que je ne peux partager. Je ne peux pas dire ce que j’ai vécu, qui et pourquoi, ce que j’ai vu et ressenti dans cet ailleurs que je ne peux communiquer à ceux qui ne le connaissent pas.

6h du matin, dans la petite cuisine, il fait nuit noire. Il faudra encore bien trois heures avant que la ville ne s’éveille pleinement, que je puisse prendre contact socialement avec ceux d’ici. En attendant, je tourne en rond dans le petit appartement, je me réfugie dans la langue, un cachet sous le palais de la larme à l’œil.

Février 2015

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