Endrapée dans l’inquiétude, je cherche des raisons sous tous les coins de meuble. La puce à l’oreille, je me gratte – patte arrière, je fantasme la vermine qui dévore la maison, les plantes et ma tranquillité d’esprit. Tout me parasite, je me sens tout brouillage radio, je zzzzzz, vrombis, cherche la fréquence, n’importe laquelle, mais un peu de régularité, même dans l’ondulation. Mais non, à la place, je m’endrape dans l’inquiétude, et je tangue en cherchant ce qui serait mieux, ce qui ne va pas, ce qui se maintient, ce qui part à vau-l’eau, ce qui se passe.
Je me focalise tout entière sur la moindre douleur dans des scénarios catastropholia propres à déclencher la paranoia FMère. La moindre pite, le mouvement dans le coin de l’œil, le manque de lumière, un brin d’air, tout m’inquiète et m’interpelle, et je m’ausculte à n’en plus finir, docteur. Le premier stéthoscope qui me tombe sous la main fait bien l’affaire, pour le minutieux travail de pointage pointilleux que j’ai à faire. Je passe en revue, j’accumule les preuves qui feront la question. Je colle mon oreille contre le mur de la chambre, et j’espionne le monstre sous le lit qui, se croyant seul, se cure les ongles un peu salement. Spa très intéressant. Alors je passe à l’étude des habitudes de mes organes. Je suspecte tout un chacun, personne ne file droit, plus rien de va. Sous mon regard intérieur contrôleur, ils se dandinent sans grâce et ne montrent ni fonctionnement ni dysfonctionnement, pour mon plus grand déplaisir. Alors j’épluche les archives, les classeurs poussiéreux de ma mémoire grignotée par la vermine des plantes, petites trouées qui n’augurent rien de bon. Mais les dossiers sont clos, déjà commentés, les marges remplies d’annotations de qualité variable, il n’y a plus rien à en tirer. Rebuts d’archives dont je ne peux pas même tirer un rébus, un ruban, un ramassis. Laissant les archives à mâcher à la vermine, je continue donc l’inspection. Les cafards au garde-à-vous me font la haie d’honneur, pendant que je fronce les sourcils sur les festins dévorés qui trainent ici ou là.
Mais tout à coup, il est 13h, et l’inquiétude s’en va. Je repose doucement le stéthoscope, range les archives et la vermine, coupe la radio. Le monde s’apaise, pour au moins un moment.