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Les tapis de mouches

Des tapis tressés de mouches mortes et des hommes sans visages, corps étêtés et cadavres à six pattes, je déambule dans mes fantasmagories estivales en visitant chaque pièce, en lisant chaque notice, précisément, en étudiant le protocole et toutes ses astérisques, érotiques et non-érotiques. Je caresse les antennes des mouches qui grésillent et fait des offrandes de tendresse à la grosse punaise grise sous cloche de verre. Le vent déplace les mouches mortes, pendant que le chat-scanner enregistre tous les codes-barres des cadavres pour le grand fichier thaumaturgique. La liste s’allonge, une plaque noire se grave de noms dorés de toutes les mouches mortes dans la cuisine et au-delà. Le drap rouge en linceul, elles partagent désormais ma couche de leur corps de laiton. Les murs couverts du sang de la dernière Saint-Barthélemy des moustiques s’applique à son office de mémorial, avec les mites en nota-bene, les mites, personnes ne s’en souvient, elles n’ont jamais de nom.

Dans les brûlements de l’été qui anéanti les insectes, je déambule et prends le frais en bord de mer, la mer violette qui garde jalousement ses nano-rascasses et autres crabes figurants en attendant les ressurgissements d’ère plus polaire, d’ère où nous enverront des cartes postales d’Anchorage sous le soleil de juillet, où nous écrirons des statements for full disclosure en repensant à nos années en enfer, que nourrissaient les mouches mortes et les hommes sans visages.

Sur la pile des choses à faire, je déglutis le jus de pastèque qui me restait coincé entre les dents, je me mordille quelques croûtes à l’épaule en maugréant des poèmes de chaleur qui adoucissent mes articulations. Les objets ont fondus, les humains marinent dans leurs humeurs étrangères et les mouches deviennent néons. Les néo-néons du nouveau cercle de l’enfer. Je déambule paisiblement dans le silence caniculaire tandis qu’au loin s’agitent les hommes sans tête qui manient des marteaux, du soir au matin, pour vider leur corps de tous fluides et s’empailler sur l’autel solaire des ères-avenirs, de l’air à venir, les soirs de bords de mer.

 

26 juillet 2019, à Marseille

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